Un intérêt renouvelé pour la politique locale
Le dimanche 13 octobre 2024, 252 élections communales se sont tenues en Wallonie (hors communauté germanophone) et 19 en Région de Bruxelles-Capitale. Dix-sept chercheur·es ont analysé ces élections dans
l’ouvrage Les élections locales du 13 octobre 2024 en Wallonie et à Bruxelles : une offre politique resserrée face à des dynamiques divergentes ? Dans le sillage des volumes consacrés aux scrutins de 2012 (
Dandoy et al. 2013) et de 2018 (
Dodeigne et al. 2020), cette publication collective analyse les dynamiques d’offre et de compétition électorales dans les 271 communes wallonnes et bruxelloises, en les mettant systématiquement en regard des configurations observées lors des précédentes échéances électorales.
Analyser l’offre électorale implique de s’intéresser aux listes effectivement déposées, à leur label, à leur composition, à leurs performances ainsi qu’à leur ancrage territorial, de même qu’aux alliances entre celles-ci avant et après l’élection. Ce choix d’un angle centré sur l’offre se justifie par sa capacité à examiner, en amont (et en aval) des résultats, les stratégies des acteurs, les effets des règles et les recompositions propres aux espaces communaux. De plus, analyser les dynamiques politiques locales permet d'éclairer les reconfigurations, enjeux et défis de la démocratie représentative en général.
2024 : une offre politique locale que se resserre et qui s’hybride
Les enseignements de l’ouvrage sont multiples. D’abord, il montre une compétition politique locale qui se resserre. Entre les scrutins communaux de 2018 et ceux de 2024, le nombre total de listes a baissé de 17% en Wallonie, et de 18% à Bruxelles (voir : Introduction). Les auteurs et autrices mettent en avant le contexte particulier de ces scrutins : alors qu’en 2018, la compétition s’était ouverte à une multitude d’acteurs en amont des élections législatives de 2019, les scrutins locaux d’octobre 2024, survenant
après les élections législatives de juin 2024, ont entrainé une « contraction » de l’offre électorale. Les listes indépendantes des partis nationaux ou purement citoyennes ont été moins nombreuses (chapitres 1 et 2). En outre, les alliances ou cartels entre listes ont augmenté (chapitre 5), en particulier les alliances entre « gagnants » de juin 2024 (MR-Les Engagés) qui souhaitaient confirmer leur succès électoral et leur alliance régionale wallonne.
Ensuite, grâce à une analyse approfondie des labels et de la composition des listes, les chercheur·es montrent une hybridation de plus en plus marquée de l’offre électorale locale, via une double dynamique (voir Figure 1). D’une part, de moins en moins de listes mobilisent le numéro officiel des partis nationaux, autrement dit, moins de listes entretiennent de lien « formel » avec les organisations nationales (chapitre 3). Les listes locales liées organiquement aux partis nationaux (c’est-à-dire : qui sont composées par des membres d’un parti, et dont l’organisation est liée aux organisations partisanes nationales) recourent de plus en plus à des labels qui estompent l’identité partisane, mais qui suggèrent une offre plus ouverte et citoyenne (chapitres 2 et 3). D’autre part, les politologues observent en 2024 une tendance chez les listes purement locales ou citoyennes en 2018 de réengager un label partisan – typiquement, celui des Engagés, suite à leur «
remontada » dans les urnes en juin 2024.
Figure 1. Nombre total de listes locales déposées, selon les types de lien aux partis politiques nationaux, en Wallonie et en région bruxelloise, 2018-2024.

L’affiliation organique aux partis nationaux permet aux listes locales d’accéder à des ressources utiles, par exemple, pour déployer des campagnes (en ligne) plus professionnelles (chapitre 6) et dominer le paysage médiatique (chapitre 10). Dans le même temps, une labellisation plus « citoyenne » permet d’afficher une distanciation vis-à-vis d’organisations souvent décriées par les citoyen·ne·s. En réalité, derrière ces labellisations et via diverses stratégies d’alliances, les organisations partisanes dites traditionnelles ont renforcé leur emprise sur le niveau local par rapport à 2018, que cela soit en termes de scores électoraux, d’élus locaux et d’entrées dans les majorités (chapitre 5) ou encore en termes de bourgmestres (chapitre 9). C’est particulièrement vrai pour les « gagnants » de juin 2024, MR et Les Engagés, tandis que le PS parvient à se maintenir malgré ses revers électoraux.
Des contextes locaux et des règles institutionnelles qui façonnent les stratégies des acteurs
Au-delà de ces résultats agrégés, les analyses montrent la diversité des contextes locaux, confirmant que les communes demeurent des arènes politiques ou des
systèmes de partis locaux à part entière, et non pas de simples déclinaisons des rapports de force nationaux. Tendanciellement, les grands centres urbains apparaissent comme ayant une compétition électorale plus
nationalisée, avec un plus grand nombre de listes en compétition ; tandis que les petites communes rurales présentent une compétition politique resserrée autour d’un nombre limité de listes davantage locales, détachées des grands clivages nationaux (chapitre 1, voir Figure 2). Les contextes locaux spécifiques permettent encore l’émergence de nouveaux acteurs, tels que la Team Fouad Ahidar en 2024 dans certaines communes bruxelloises (chapitre 4).
Figure 2. (Type de) Liste arrivée en tête des voix, par commune, en Wallonie et en région bruxelloise, 2024

Enfin, l’ouvrage se penche sur le cadre légal qui entoure ces scrutins locaux, notamment en ce qui concerne la représentation des femmes (chapitres 7 et 8), la désignation des bourgmestres et les règles de décumul (chapitre 9) ainsi que le contrôle des élections locales en Wallonie, via le Conseil wallon des élections locales (chapitre 10). Ces contributions soulignent les tensions entre objectifs normatifs (ex. renforcer le contrôle démocratique) et effets réels des réformes, et pointent, de même, les effets parfois contradictoires des réformes électorales. Par exemple, la personnalisation des scrutins ne contribue pas à faciliter le renouvellement des élites, que cela soit en termes de genre, d’âge ou d’ancienneté (chapitres 7 et 9). Par ailleurs, les règles institutionnelles se heurtent encore à des freins symboliques et aux pratiques des acteurs politiques, souvent plus soucieux de maintenir le
statu quo que d’insuffler un véritable renouveau démocratique (chapitres 8 et 10), alors que l’échelle locale s’y prêterait particulièrement bien.
Publication de référence : Close, C., Geshef, S., Bottin, J., & Reuchamps, M. (dir.). (2026).
Les élections locales du 13 octobre 2024 en Wallonie et à Bruxelles: Une offre politique resserrée face à des dynamiques divergentes ? Presses universitaires de Louvain.
Ce volume rassemble les contributions de Benjamin Biard, Anne-Emmanuelle Bourgaux, Jehan Bottin, Caroline Close, Emma Collet, Jérémy Dodeigne, Simon Geshef, Lucas Kins, Iphigénie Koutsougeras, Thomas Legein, Emilien Paulis, Aloïsa Pilloy, Min Reuchamps, Manon Roelandts, David Talukder, Aurélie Tibbaut et Emilie van Haute. Il découle d’une collaboration avec le Service Public Wallonie Intérieur et Action sociale. La collecte de données s’est appuyée sur une équipe de 13 étudiant·e·s jobistes
[1] que nous tenons à remercier.
Images : 1ère image [
CC BY-NC 2.0] ; 2ème et 3ème images : images des auteur·rice·s.
[1] Alessio Acquisto, Samuel Quaresma Carta, Emma Collet, Julien Dauge, Délia Gengler, Amira Ines, Mathias Leclerc, Rémy Lejeune, Clara Lien, Dounia Kammach Oggadi, Elise Rausa, Manon Roelandts, Thomas Roland.