Le Congrès triennal de l'ABSP se tiendra les 19-21 mai 2027 à l'UCLouvain (Louvain-la-Neuve et Saint-Louis Bruxelles). Les 49 sections thématiques retenues par le comité scientifique sont présentées ci-dessous : cliquez sur l'intitulé d'une section pour en lire la description complète.
Pour soumettre une proposition de communication, merci de contacter directement les coordinateur·ices de la section de votre choix, en indiquant un titre, un résumé de la communication et votre affiliation. Merci de vérifier les conditions spécifiques à chaque section (longueur du résumé, format, etc.) dans la description ci-dessous. Les propositions de communication peuvent être soumises en français ou en anglais. Les coordinateur·ices de chaque section sont en charge de la sélection des communications pour leur section.
Date limite d'envoi des propositions de communication : 15 janvier 2027.
Pour toute question, vous pouvez également contacter le comité d'organisation à l'adresse info@absp.be.
Coordination : Tom Beurois, Hélène Caune
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L’alimentation n’est pas seulement un objet de politiques publiques (Dubuisson-Quellier, 2025a), et se situe croisement des rapports de pouvoir, notamment de genre (Fournier et al., 2015). Elle est un support d’identité (Régnier, Lhuissier, Gojard, 2009), un marqueur des styles de vie (Bourdieu, 1979), et un objet de mobilisations (Alkon et Nogaard 2009 ; Alkon et Guthman 2017). Dans un contexte de crise sociale, économique et environnementale, elle suscite en effet un intérêt croissant aussi bien du côté des acteurs politiques que des citoyen· nes (Fouilleux, Michel, 2020). Les candidat·es s’en saisissent lors de campagnes électorales comme on a pu le voir lors des élections municipales en France en 2026 (promesse de transformation de l’approvisionnement des cantines scolaires et tarification sociale, agriculture urbaine, etc.) et plus récemment dans le cadre de la campagne présidentielle en France. Depuis le début des années 2000, elle est au cœur de mobilisations citoyennes qui défendent des systèmes alimentaires alternatifs, comme les AMAP (Montrieux, 2016) et plus récemment les caisses communes de l’alimentation (Bernard de Raymond et al., 2025). L’alimentation constitue ainsi un objet ou un support de contestation, d’organisation collective et de gouvernement. Cette section thématique invite à interroger l’alimentation en politique, c’est-à-dire ses usages, matériels et symboliques dans le champ politique, la constituant notamment comme une ressource électorale et idéelle (Axe 1). Elle propose aussi d’analyser l’alimentation comme un objet de politisation (Axe 2), en déplaçant le regard vers des espaces moins spécialisés (Buton et al., 2016) et les expériences ordinaires de l’alimentation.
Axe 1. L’alimentation comme ressource électorale et instrument de campagne
Le premier axe vise à analyser les usages de l’alimentation dans le champ politique en s’intéressant à la fois à ses dimensions matérielles et symboliques. L’alimentation peut, en effet, constituer une ressource électorale, un objet de programme et d’engagement, un support de communication et de mise en scène, mais aussi un moyen de promouvoir certaines représentations de la société et de l’économie, des territoires et des identités sociales et politiques.
Une première dimension pourra interroger l’alimentation comme ressource électorale et objet de programme et la manière dont les élu·es, candidat·es, les militant·es ou les partis politiques investissent les enjeux alimentaires dans les campagnes électorales. Il peut s’agir d’en faire un élément de programme, de formuler des engagements ou de proposer des mesures concrètes concernant, par exemple, la tarification des cantines scolaires, les modalités de la commande publique, le soutien aux producteurs locaux ou l’accès à une alimentation de qualité. Il s’agit alors de comprendre quels enjeux alimentaires sont politisés et par qui, et comment leurs sont associées différentes conceptions de l’action publique (Fouilleux, Michel, 2020).
Une deuxième dimension pourra porter sur l’alimentation comme objet de communication et de mise en scène politique. Les élu·es, candidat·es ou les militant·es, peuvent, par exemple, mettre en scène leurs préférences alimentaires, se filmer en cuisine, fréquenter des marchés ou organiser des événements autour de l’alimentation. Ces pratiques invitent à analyser les usages communicationnels de l’alimentation et la manière dont celle-ci contribue à construire l’image des candidat·es et de leur organisation politique : proximité avec les électeurs, convivialité, ancrage territorial ou populaire, comme par exemple, la manière dont l’organisation de distributions de soupe a constitué une stratégie de dédiabolisation du FN à la fin des années 1990 (Bizeul 2003). Plus récemment, les repas du « Canon français » et des oppositions citoyennes qu’il a suscité sous la forme de contre-banquets populaires ou antifascistes dans plusieurs villes françaises, invitent à étudier l’alimentation comme un espace de confrontation entre acteurs et visions politiques différentes.
Une troisième dimension pourra s’intéresser à l’alimentation support de représentations idéales. À travers leurs discours et les propositions, les acteurs et actrices politiques (élu·es, candidat·es ou militant·es, ou partis) peuvent promouvoir certaines conceptions du « bien manger », de la qualité, des produits de terroirs et producteurs locaux ou de la gastronomie locale ou nationale. L’alimentation dévoile alors des visions concurrentes de la société, du rapport aux territoires, à la ruralité, ou aux traditions. Ces représentations peuvent également être mobilisées dans la construction d’identités collectives.
Ainsi, les propositions pourront enfin s’intéresser aux usages identitaires ou nationalistes de l’alimentation, et aux manières dont ils deviennent des marqueurs d’appartenance ou de distinction, mais aussi d’exclusion. Plusieurs recherches s’intéressent d’ailleurs à la manière dont les attachements nationaux sont travaillés par les styles de vie alimentaire, autour du concept de « gastro-nationalisme » (DeSoucey, 2010 ; Ferry, 2010).
Cet axe invite ainsi les propositions à explorer les volets matériels, communicationnels, symboliques et identitaires de l’alimentation en politique.
Axe 2. L’alimentation comme objet de politisation
Le deuxième axe déplace l’attention sur la politisation « par le bas » de l’alimentation, c’est-à-dire à la manière dont elle devient un objet politique (Lagroye, 2001) à partir des expériences ordinaires, comme des situations de précarité (Braconnier et Mayer, 2015), ou de défaut d’accès, mais aussi des mobilisations citoyennes, à l’instar des modes de consommation engagés (Dubuisson-Quellier, 2025b ; Pleyers, 2011) ou des mouvements pour la justice alimentaire (Alkon et Agyeman, 2011). L’alimentation est un objet privilégié de la manière dont des expériences ordinaires peuvent devenir des objets de contestation et de mobilisation. Les mobilisations contribuent à faire de l’alimentation un enjeu politique, en mettant en débat les rapports de pouvoir, les inégalités, les modes de production, les responsabilités respectives des individus, des producteurs et des pouvoirs publics, et les manières d’accéder à ces derniers (Cadieux et Slocum, 2015). Elles invitent ainsi à interroger à quel moment des choix et des contraintes individuelles peuvent devenir des objets de revendications collectives pour attirer l’attention des pouvoirs publics, ou au contraire, se développer en dehors d’eux.
Les communications pourront notamment appréhender l’alimentation comme un point d’entrée pour observer la manière dont les différentes dimensions des inégalités sociales s’articulent avec les expériences quotidiennes. Il s’agit de comprendre à quelles conditions un problème vécu individuellement, comme le prix de l’alimentation, le revenu agricole, les conditions de travail, ou l’accès à une alimentation choisie, constitue une expérience qui peut être vécue individuellement mais aussi faire émerger un intérêt collectif ; puis devenir éventuellement un problème public, qui trouve un écho et est susceptible d’être repris par des organisations ou des associations, des mouvements sociaux ou des acteurs de l’action publique. Les mobilisations autour de l’alimentation permettent ainsi d’observer différentes manières de contester les rapports de pouvoir. Par exemple, les boycotts, les “frigos vides” des Gilets jaunes, les cantines de lutte ou encore les expérimentations de caisses communes de l’alimentation ou la “food democracy”, permettent d’interroger ces processus de politisation et de mobilisation, leurs répertoires, et éventuellement leur processus de dépolitisation (Hassanein, 2003). Dans cet axe, il s’agit notamment d’interroger ce que ces mobilisations font aux catégories traditionnelles pour lesquelles l’alimentation est pensée habituellement et dans quelles mesures elles peuvent faire émerger de nouvelles conceptions des droits individuels et des responsabilités des pouvoirs publics dans l’organisation des systèmes alimentaires.
Une deuxième dimension interroge les relations entre mobilisations pour l’alimentation, institutionnalisation et transformation de l’action publique. À partir de ces questions, les communications pourront interroger ce que les mobilisations et les initiatives citoyennes gagnent, perdent ou transforment dans leurs relations avec les institutions. Quelles revendications sont reprises, reformulées, ou écartées, quels acteurs accèdent aux espaces de décision, et pour exercer quel pouvoir effectif ? Dans cet axe, les communications pourront aussi analyser dans quelles mesures les mobilisations peuvent participer et contribuer à l’action publique, notamment au-delà des dispositifs. Elles interrogeront les conditions de la confrontation, de la coopération, de la co-construction, de l’institutionnalisation, de la récupération ou de la marginalisation des initiatives citoyennes. Les Projets Alimentaires Territoriaux (PAT), la Sécurité Sociale de l’Alimentation, les Foods Policy Councils, sont, par exemple, des terrains qui permettent d’étudier dans quelles conditions certaines revendications sont reprises et transformées par les institutions, avec quels effets sur les formes de mobilisation, les ressources disponibles, les trajectoires des acteurs, et plus largement, sur les modalités de l’action publique.
Les propositions de communications de 500 mots maximum doivent être envoyées par courriel au plus tard le 15 janvier 2027 aux coordinateur·trice·s de la section thématique : tom.beurois@univ-pau.fr, helene.caune@sciencespo-grenoble.fr. Les propositions doivent décrire l’objet de la communication, la méthodologie, le matériau empirique mobilisé, ainsi que les résultats principaux.
Bibliographie
Alkon (A. H.), Norgaard (K. M.), Breaking the Food Chains : an Investigation of Food Justice Activism, Social Inquiry, 79 (3), 2009.
Alkon (A.H.), Guthman (J.), The New Food Activism. Opposition, cooperation and collective action, California University Press, 2017.
Bernard de Raymond (A.), Bordiec (S.), Doglio (L.), Glory (D.), Jutand (M.-A), « Démocratiser l’alimentation ? Une expérimentation locale de Sécurité sociale de l’alimentation », Salariat, 3(1), 2026.
Bizeul (D.), Avec ceux du FN : Un sociologue au Front national, Paris, La Découverte, 2003.
Bourdieu (P.), La Distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Minuits, 1979.
Braconnier (C.), Mayer (N.), dir., Les inaudibles. Sociologie politique des précaires, Paros, Presses de Sciences Po, 2015.
Buton (F.), Patrick Lehingue (P.), Mariot (N.) et Rozier (S.) (dir.), L’Ordinaire du Politique. Enquêtes sur les rapports profanes au politique, Presses universitaires du Septentrion, 2016.
Cadieux (K. V), Slocum (R.), « What does it mean to do food justice? », Journal of Political Ecology, 22(1), 1-26, 2015
DeSoucey (M.), Gastronationalism: Food Traditions and Authenticity Politics in the European Union, American Sociological Review, 75 (3), 2010.
Dubuisson-Quellier (S.), « À qui appartiennent les politiques alimentaires ? Concurrence et hiérarchies des politiques publiques autour de l’alimentation en France », Revue française de science politique, 75 (4), 2025a.
Dubuisson-Quellier (S.), La consommation engagée, Paris, Presses de Sciences Po, 2025b.
Ferry (M.), « Le gastro-nationalisme de la vache en Inde. L’instrumentalisation d’un symbole religieux dans le renforcement du sentiment national hindou et la stigmatisation des musulmans », Critique internationale, 103(2), 2024.
Fouilleux (È.), Michel (L.), Quand l’alimentation se fait politique(s), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2020
Fournier (T.), Jarty (J.), Lapeyre (N.), Touraille (P.), « L’alimentation, arme du genre », Journal des anthropologues, 140-141(1), 2015.
Hassanein (N.). « Practicing food democracy: a pragmatic politics of transformation », Journal of Rural Studies, 19, 2003.
Lagroye (J.), dir., La politisation, Paris, Belin, 2003
Montrieux (G.), « Organiser les proximités alimentaires. Entre division du travail militant et encadrement normatif », in Mundler (P.), Rouchier (J.), Alimentation et proximités : Jeux d'acteurs et territoires, Éducagri éditions, 2016.
Pleyers (G.), dir., La consommation critique : Mouvements pour une alimentation responsable et solidaire, Desclée De Brouwer, 2011.
Régnier (F.), Lhuissier (A.), Gojard (S.), Sociologie de l'alimentation, Paris, La Découverte, 2009.
Coordination : Mathieu Berger, Thomas Chevallier
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Si Tocqueville avait vu dans les manières d’exercer la citoyenneté aux États-Unis un modèle enviable, serait-ce encore le cas aujourd’hui ? Les formes actuelles de la vie civique américaine n’ont-elles pas à l’inverse eu tendance à devenir une sorte de contre-modèle qui s’impose pourtant au monde ? En Europe, les manières d’exercer la citoyenneté se sont construites dans le cadre d’États-providence plus ou moins affirmés, qui tendent à inclure la démocratie, le pluralisme, la participation dans une conception large de la protection sociale. Ces conceptions sont aujourd’hui remises en cause par l’austérité budgétaire et la montée électorale des forces libérales-conservatrices, plus ou moins inspirées par le modèle américain, ainsi que par tout ce qu’on pourrait lier à une « trumpisation » de la vie politique et du débat démocratique. Dans cette section, organisée autour de cinq axes, nous proposons d’explorer, à partir de cas européens ou d’autres parties du monde, différentes formes d’américanisation de la vie civique, qu’elles soient avérées, explicites ou plus diffuses.
Axe 1. Transformations de la parole civique
Comment les discours civiques sont-ils influencés par les répertoires discursifs d’autres champs de la vie américaine, notamment politique, médiatique, militant ou universitaire (Perrin 2014) ? On pourra s’intéresser à la circulation, au sein de l’espace civique, de styles de parole associés au populisme et au trumpisme : personnalisation, provocation, polarisation, rejet des savoirs scientifiques et des médiations journalistiques (Aikin & Talisse 2020 ; Bächtiger & Dryzek 2024). Quid de la circulation parallèle de répertoires critiques issus des mondes militants et universitaires, autour de l’identité, de la race et du genre ; ou encore de l’importance croissante du storytelling, des narratives et de l’expérience vécue dans l’argumentation civique contemporaine ?
Axe 2. Transformations de l’expérience civique
Le scepticisme vis-à-vis des formes institutionnelles de participation qui s’exprime depuis longtemps aux Etats-Unis s’est accompagné d’un désenchantement à l’égard de la discussion publique et d’une citoyenneté logocentrée. On a assisté à la multiplication de modalités de participation centrées sur l’expressivité, les émotions, le corps, les sens, tantôt engagées dans un agonisme civique, tantôt mobilisées, au contraire, à des fins de care ou de communauté (Lichterman 1996 ; Eliasoph 2011 ; Berger 2011 et 2020). Comment ces nouvelles formes de l’expérience civique, depuis standardisées par les toolboxes de l’industrie de l’engagement public américaine (Lee 2014), façonnent-elles aujourd’hui, à travers le monde, les manières de participer ?
Axe 3. Transformations des modes de mobilisation
Dans quelle mesure les pratiques de mobilisation répandues ou émergentes aux États-Unis inspirent-elles les mouvements sociaux ou initiatives citoyennes en Europe ou autres continents ? Cet axe pourra être l’occasion d’interroger les formes d’importation du community organizing , mais aussi de digitalisation des répertoires à travers l’utilisation des réseaux sociaux. Quelles sont les tensions ou conséquences que ces influences produisent ?
Axe 4. Transformations des financements de la vie civique
Le financement public a-t-il vocation à soutenir les capacités critiques des associations ? Si certains pays, notamment européens, ont longtemps répondu par l’affirmative, l’austérité tend à servir de support à remettre en cause ce modèle , comme cela a pu avoir lieu aux États-Unis depuis les années 1980. Quid alors du développement de la place des financements philanthropiques, et des manières dont associations ou fondations interagissent dans ce contexte ?
Axe 5. Transformations de l’espace public et de l’infrastructure civique
Certaines transformations de nos grandes villes européennes, résonnant avec les tendances américaines, les affectent également en tant qu’espace civique – cité ou polis (Berger 2026). On pourra s’intéresser aux évolutions dualisantes des espaces publics de la ville dense (entre privatisation/gentrification et occupation par des populations marginalisées ou sans abri) et leurs conséquences sur la vie civique ; ou encore, aux effets du déclin, voire de l’obsolescence – déjà constatée de longue date outre-Atlantique – de nombreux downtowns en tant que centres civiques.
Références
Aikin, Scott, & Talisse, Robert. 2020. Political Argument in a Polarized Age. Cambridge : Polity.
Bächtiger, André, & Dryzek, John. 2024. Deliberative Democracy for Diabolical Times: Confronting Populism, Extremism, Denial, and Authoritarianism. Cambridge : Cambridge University Press.
Berger, Mathieu. 2011. « La démocratie au prisme de la communauté. Effervescence, emphase et répétition dans la vie civique californienne ». Participations, 4(3), pp.49-77.
Berger, Mathieu. 2020. « Locked together screaming. Une assemblée municipale américaine enfermée dans l’offense ». In L. Kaufmann & L. Quéré (dir.), Les Emotions collectives (pp. 381-417). Paris : Editions de l’EHESS (« Raisons pratiques » 29).
Berger, Mathieu. 2026. « Palaces for the Homeless. Reassessing the Social Function of Grand Public Interiors in 2020s California ». In A.P. Quaglia & A. Guimaraes (dir.), Public Spaces and The Politics of Citizen Participation (pp.72-96). Londres/New York : Routledge.
Chevallier, Thomas. 2022. « Financements publics et limitation de l’autonomie des associations dans les quartiers populaires. Une démarche exploratoire par ethnographie budgétaire auprès de deux associations à Lille ». Sociologie 13 (4): 439‑59.
Chevallier, Thomas. 2027 (à paraître). « Through the Giving, Catalysing Public Funding for Nonprofits. On the Philanthropic Politicizations of Civic Action from a European perspective ». In Philanthropy and Democracy in Europe: Challenges and Opportunities. Edgar Edward.
Eliasoph, Nina. 2011. Making Volunteers: Civic Life after Welfare’s End. Princeton: Princeton University Press.
Lee, Caroline. 2015. Do-It-Yourself Democracy: The Rise of the Public Engagement Industry. Oxford: Oxford University Press.
Lichterman, Paul. 1996. The Search for Political Community: American Activists Reinventing Commitment. Cambridge: Cambridge University Press.
Perrin, Andrew. 2014. American Democracy: From Tocqueville to Town Halls to Twitter. Cambridge: Polity Press.
Talpin, Julien. 2018. « Quand le "community organizing" arrive en France ». Revue Projet 363 (2): 29‑37.
Coordination : Aboubakar Sidi Njutapwoui, Jean Pierre Fewou Ngouloure, Faty-Myriam Mandou Ayiwouo
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L’actualité renouvelée des revendications démocratiques en Afrique questionne notamment les formes institutionnelles qui seraient aptes à élargir la participation sociale et politique. Avec les transformations technologiques, l’avènement d’espaces d’expression plus ouverts grâce au cyberespace a, dans de nombreux pays, changé les formes de l’activité politique, de l’exercice du pouvoir et la structuration des espaces publics. Pourtant, les travaux sur les nouvelles formes de mobilisation s’intéressent encore très peu à la manière dont les citoyen·nes utilisent les plateformes numériques pour construire les problèmes publics dans des contextes de démocratie fragile. En prenant pour terrain l’Afrique, entendue non comme un bloc homogène mais comme un ensemble de trajectoires politiques contrastées (démocraties consolidées ou en transition, régimes autoritaires, transitions militaires), l’objectif est ici de saisir ces phénomènes de manière large afin de rendre compte des enjeux de l’interpellation citoyenne et du pouvoir d’agir dans les espaces publics à l’ère du numérique.
Cette section thématique ouvre un espace de réflexion approfondie sur la manière dont les opposant·es, les acteur·ices associatif·ves et les militant·es parviennent à tirer profit de la liberté d’expression et des potentialités mobilisatrices offertes par internet pour susciter et renforcer la participation démocratique, et comment ils se réapproprient les outils numériques pour en faire un terrain participatif et délibératif. Il conviendra tout autant de prêter attention à la multiplicité des revendications, des mouvements sociaux et des collectifs, ainsi qu’à la diversité des formes de participation et d’interpellation citoyenne que ce nouveau pouvoir d’agir rend possibles. Il s’agira aussi de s’intéresser à la communication des mouvements syndicaux et sociaux dans les nouveaux champs médiatiques, d’interroger la réaction de l’État et d’apprécier les répercussions médiatiques, politiques et démocratiques qui en découlent. Par ailleurs, le poids réel de la participation citoyenne au sein de cet espace inédit de délibération et de politisation se pose sous un jour particulier dans les contextes autoritaires ou répressifs. Une attention particulière sera accordée aux contributions permettant de saisir les processus de politisation au sein des espaces publics et d’examiner le rôle et l’effet des outils numériques dans ces processus. À l’inverse, les propositions pourront examiner les expériences montrant comment le pouvoir en place tente d’empêcher la mobilisation des voix contestataires dans l’espace public. Le contrôle politique et ses effets sur la participation sociale et politique constituent ainsi le fil transversal de la réflexion.
En définitive, cette section thématique entend poser les jalons d’une recherche plus ambitieuse en Afrique sur le rôle des médias numériques et de la délibération citoyenne dans une reconstruction démocratique toujours à refaire. Ancrée en science politique, elle accueille volontiers les approches pluri- et interdisciplinaires : sociologie, anthropologie, histoire, sciences de l’information et de la communication.
Modalités de soumission
Les propositions de communication (200 mots maximum, en français ou en anglais, comprenant un titre, cinq mots-clés, les nom, prénom, statut, affiliation et adresse électronique de l’auteur·ice ainsi qu’une courte notice biographique) sont à envoyer à Aboubakar Sidi Njutapwoui (njutapwoui2007@yahoo.fr), Jean Pierre Fewou Ngouloure (fewou@univ-tlse2.fr) et Faty-Myriam Mandou Ayiwouo (mandou.ayiwouo@gmail.com) au plus tard le 15 janvier 2027.
Coordination : Tiago Moreira Ramalho, Tom Duterme
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Le groupe de travail d’économie politique propose une section thématique avec quatre sessions, organisées autour des axes suivants :
Gestionnaires d’actifs et pouvoir politique. L’avènement des gestionnaires d’actifs au cœur de l’industrie financière reconfigure le capitalisme contemporain et interroge le récit de la « démocratie actionnariale » : concentration du pouvoir autour de géants comme BlackRock et Vanguard, nouvelles logiques d’allocation du capital, extension des investissements aux immeubles, hôpitaux et infrastructures énergétiques, etc. Les contributions pourront éclairer ces mutations, leurs effets sur les rapports entre États, entreprises et citoyens, ainsi que les formes de régulation et de contestation qu’elles suscitent. Il s’agira notamment d’interroger les tensions entre pouvoir financier et contrôle démocratique.
Transition écologique et recompositions des rapports public-privé. Face au dérèglement climatique, les politiques de transition redéfinissent les relations entre autorités publiques et entreprises privées. Régulations, politiques industrielles et dispositifs de financement redistribuent les risques, les ressources et les capacités de décision. Cet axe invite à analyser ces arrangements, leurs modalités de négociation et leurs effets sur la conduite de l’action publique. Les contributions pourront notamment interroger les rapports de pouvoir qui s’y nouent, les intérêts qu’ils privilégient et les possibilités de contrôle démocratique sur les choix économiques de la transition.
Les instruments politiques de planification économique. Longtemps reléguée à un rôle accessoire dans la régulation des économies dites « riches », la planification économique fait un improbable retour. Réponse familière aux problèmes posés par la désindustrialisation, ancrage face au désordre des relations économiques internationales, ou panacée pour la transition écologique, la place de la planification semble indiquer une mutation importante dans l’organisation des rapports entre États, marchés et sociétés. Cet axe vise à explorer des questions fondamentales sur l’évolution du (néo)libéralisme ainsi que sur les risques et bénéfices pour la démocratie d’une nouvelle forme d’intervention politique dans l’économie.
La gouvernance économique européenne. Depuis plusieurs décennies, l’UE joue un rôle-clé dans la définition des politiques économiques des États-Membres. L’intensification de la coordination économique après la crise financière de 2008 continue de façonner les politiques fiscales et sociales du bloc. Après un relâchement de la « culture de stabilité » en réponse à la pandémie de Covid-19, il est question d’analyser le réveil de vieux clivages créditeur-débiteur et leur influence sur le budget européen, sur la politique monétaire, ainsi que sur l’orientation générale des « recommandations » de Bruxelles. Les contributions de cet axe chercheront à expliquer ces développements et leur place dans les tensions démocratiques en Europe.
Coordination : Stéphane François
Crise écologique et dérives identitaires:
La crise écologique ne constitue pas seulement un défi environnemental, scientifique ou économique : elle est aussi une crise politique et symbolique. Le dérèglement climatique, l’effondrement de la biodiversité, la raréfaction des ressources ou les migrations environnementales obligent les sociétés contemporaines à redéfinir leurs rapports au territoire, aux frontières, à la mobilité, à la technique et aux formes de solidarité. Or cette redéfinition n’est pas idéologiquement neutre. Elle peut nourrir des projets émancipateurs fondés sur la justice écologique, l’interdépendance et la coopération, mais aussi des imaginaires de fermeture, de hiérarchisation et d’exclusion.
Ce panel propose d’interroger cette ambivalence à partir des appropriations identitaires de l’écologie. Longtemps associée aux mouvements progressistes, libertaires ou anticapitalistes, l’écologie fait également l’objet, depuis plusieurs décennies, d’élaborations issues des droites radicales, nationalistes ou identitaires. Celles-ci ne relèvent pas seulement d’une récupération opportuniste : elles s’inscrivent dans une histoire intellectuelle plus longue, articulant critique de la modernité, rejet de la mondialisation, refus du cosmopolitisme, défense des communautés organiques, éloge de l’enracinement, catastrophisme (en lien avec une version extrémiste de droite de la collapsologie) et valorisation des traditions. Dans ces discours, la nature n’est pas seulement un milieu à préserver ; elle devient le support d’une conception fermée de l’identité collective.
La problématique centrale peut dès lors être formulée ainsi : comment la crise écologique devient-elle un terrain de recomposition des imaginaires identitaires, et par quels mécanismes des catégories écologistes – limites, localisme, diversité, autonomie, décroissance, critique du productivisme – peuvent-elles être réinvesties dans des projets politiques excluants ?
Il s’agira d’analyser les glissements par lesquels une critique légitime de la marchandisation du vivant, de l’uniformisation culturelle ou de la société de consommation peut être reformulée en refus du « mélange », en naturalisation des appartenances, en ethnicisation des territoires ou en défense d’un entre-soi. La question migratoire constituera à cet égard un point d’observation essentiel : les migrations climatiques, plutôt que d’être pensées à partir des responsabilités historiques, des inégalités globales et de la solidarité internationale, peuvent être présentées comme une menace pesant sur les équilibres nationaux, culturels ou démographiques.
En croisant science politique, droit, histoire des idées, sociologie, anthropologie et études environnementales, ce panel entend éclairer les ressorts intellectuels, rhétoriques et militants de ces dérives identitaires. Il cherchera également à distinguer les formes d’écologie politique ouvertes sur la justice sociale et environnementale des écologies qui transforment la défense du vivant en défense des sociétés fermées. L’enjeu sera enfin de penser les conditions d’une réponse démocratique à l’urgence écologique, capable d’éviter les tentations autoritaires, démagogiques, xénophobes ou ethnodifférentialistes.
Coordination : Caroline Close, Jérémy Dodeigne, Lucas Kins, Caterina Mosca
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Notre époque est marquée par des crises majeures qui se succèdent et s’entrecroisent– économiques, sociales, écologiques, sanitaires, migratoires – ainsi que par des transformations profondes des technologies numériques de l’information et de la communication. Parmi les phénomènes qui en résultent figurent la méfiance grandissante des citoyen·ne·s vis-à-vis des médias et des élites politiques ; la polarisation idéologique et affective entre groupes sociaux ; ou encore la normalisation de l’incivilité, des discours haineux et violents dans des espaces d’expression difficiles à réguler.
Cette section thématique accueille des contributions s’intéressant aux enjeux actuels de la communication politique, en particulier – mais pas exclusivement – via les outils numériques. La communication politique est entendue au sens large comme un processus englobant la création et la diffusion des discours politiques par les acteurs politiques, le traitement de l'information par les professionnels des médias et leur réception et effets auprès des citoyen·nes en termes d’attitudes et comportement politiques.
(1) Tout d’abord, la section vise à questionner les contenus et discours des élites politiques, tant via l’analyse du ton de la rhétorique politique (e.g. incivilité et émotions) que du contenu de ces discours (e.g. intolérance et violence contre certains groupes, complotisme ou rhétorique anti-démocratique et illibérale). Les contributions empiriques éclairant ces évolutions sur différents médium de communication (e.g. plateformes digitales et réseaux sociaux, arènes parlementaires, ou contenu de presse des médias dits « traditionnels ») sont particulièrement bienvenues.
(2) Ensuite, la section souhaite interroger les effets de ces formes de communication sur les citoyen·nes, tant du point de vue de leurs attitudes politiques (e.g.. confiance/méfiance, attitudes (anti)démocratiques), de leurs affects comme la polarisation affective, que de leurs comportements politiques comme le vote et la participation politique non-conventionnelle. La section invite particulièrement les recherches testant les mécanismes causaux, par exemple via des enquêtes par panels et/ou mobilisant des designs expérimentaux.
(3) Enfin, dans un contexte d’hybridation des systèmes médiatiques et de campagne permanente, la section souhaite éclairer les processus et mécanismes de diffusion – en particulier de mainstreaming de ces discours politiques menaçant le fonctionnement des démocraties modernes. La section s’intéresse au rôle des acteurs institutionnalisés (e.g. organisations partisanes et membres des parlements) autant qu’à l’influence des acteurs non-institutionnels (e.g.. mouvements sociaux et influenceurs), des médias traditionnels et des plateformes numériques dans ces processus.
(4) Enfin, la section souhaite initier des réflexions méthodologiques et éthiques quant à l’étude de la communication politique dans les espaces numériques. Si à l’origine, les plateformes numériques promettaient liberté, transparence et ouverture pour les utilisateurs et utilisatrices comme pour les chercheurs et chercheuses, les dernières décennies ont davantage révélé la face sombre des géants du numérique : absence de modération des contenus haineux voire prime algorithmique à l’hostilité, marchandisation des données privées, accès restreint à la recherche etc. En dépit des nouvelles régulations encadrant ces accès (Digital Service Act de l’Union européenne), certaines plateformes résistent et freinent ces accès. La session vise à offrir un espace d’échanges autour des limites et bonnes pratiques en matière de recherche dans ces contextes.
Coordination : Yves Valéry OBAME, Cecilia PASSANTI, Régis DANDOY
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Les démocraties contemporaines sont de plus en plus gouvernées par des instruments techniques : fichiers d’électeurs numérisés, vote électronique, plateformes de gestion du vote, dispositifs d'authentification biométrique, etc. Présentés comme des réponses neutres aux dysfonctionnements des scrutins (fraude, doublons, défiance, participation électorale en baisse), ces dispositifs traversent les trois axes du congrès : ils recomposent l'État et l'action publique (axe 1), exposent les démocraties à l'affaiblissement des contre-pouvoirs et aux glissements autoritaires (axe 2), et conditionnent matériellement toute démocratie réimaginée (axe 3). Cette section propose de les saisir non comme de simples outils, mais comme des technologies politiques qui redistribuent le pouvoir, redéfinissent la citoyenneté et reconfigurent la compétition électorale.
La question fédératrice des communications attendues est la suivante : que font les instruments techniques aux démocraties sous pression ? La sociologie de l'action publique et les science and technology studies (Lascoumes et Le Galès sur les instruments ; Bowker et Star sur les infrastructures ; Breckenridge sur l'État biométrique) ont montré que la technologie électorale n'a pas d'effet démocratique propre, mais elle amplifie et reconfigure les rapports de force existants. La science politique francophone a encore peu intégré ces apports à l'analyse des régimes contemporains. En reliant la matérialité des instruments aux dynamiques macropolitiques (légitimation, contrôle, exclusion, contestation), la section entend combler cet écart et croiser des expertises que l'ABSP répartit entre plusieurs groupes de travail : élections, partis et opinion publique ; démocratie ; action publique ; méthodes de recherche.
La section accueille des communications empiriques sur des contextes variés - démocraties établies, régimes hybrides, autoritarismes compétitifs - portant sur les listes électorales numérisées, l'identité numérique des électeurs, le vote électronique, ou les systèmes d'authentification biométriques. Les terrains européens y ont toute leur place : cartes d'identité électroniques, interopérabilité des registres d’électeurs, machines à voter et plateformes de vote par Internet y posent les mêmes questions de traçabilité, d'inclusion et de confiance. Les terrains du Sud global, sous-représentés, y sont mobilisés non comme cas marginaux mais comme observatoires des tensions entre modernisation technique et reproduction du pouvoir. Plusieurs angles peuvent structurer les communications : l'institutionnalisation et le transfert transnational des réformes technopolitiques ; les effets de clôture ou d'ouverture de la participation ; la capture des instruments par les pouvoirs en place ; les inégalités d'accès produites par les dispositifs ; les réappropriations citoyennes « par le bas » ; les controverses sur la fiabilité et la légitimité des technologies électorales. Les approches qualitatives, ethnographiques, comparatives, quantitatives et mixtes sont bienvenues.
La section vise à constituer un espace de dialogue francophone durable sur la technopolitique du vote et de l'identification et une montée en généralité comparative : dégager, par-delà la diversité des terrains, les conditions politiques, institutionnelles et sociales qui déterminent si une technologie referme ou ouvre la démocratie. Les propositions de communication en français ou en anglais de 400 mots maximum sont à envoyer aux adresses électroniques des trois coordonnateurs.ices (obameyves@gmail.com ; passantic@gmail.com ; Regis.Dandoy@ulb.be) pour le 15 janvier 2027 au plus tard. La section est prévue en deux sessions, chacune réunissant quatre communications suivies d’une discussion.
Coordination : Thomas Legein, Simon Geshef, Aloïsa Pilloy
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La démocratie est depuis maintenant de nombreuses années remise en question, à tel point que l’état de « crise » dans lequel serait plongé ce type de régime apparait être aujourd’hui sa caractéristique principale aux yeux de ses détracteurs. Sa critique se concentre autour de trois axes majeurs. Premièrement, le rôle des acteur·rice·s de la démocratie représentative est régulièrement pointé du doigt. Qu’il s’agisse de critiquer l’attitude des élu·e·s, de poser la question de leur représentativité sociale et politique ou encore de souligner le monopole des partis politiques sur la prise de décision, c’est la question de la capacité de ces acteur·rice·s à représenter les intérêts des citoyen·ne·s qui est au centre du débat. Parallèlement à cela, l’exclusion croissante d’autres acteurs de la société civile (syndicats, mutuelles, associations diverses, etc.) des processus de gouvernance et de concertation sociale semble renforcer le sentiment de déconnexion entre les citoyens et les décideurs politiques. Deuxièmement, il apparait que la question de l’efficacité des règles et institutions qui organisent la démocratie représentative traverse également ces critiques qui les jugent souvent obsolètes et inopérantes face à une société de plus en plus multiculturelle, inégalitaires et faisant face aux (nouveaux) enjeux posés par la mondialisation. Troisièmement, des aspects tels que la volatilité électorale, des taux d’abstention records, des mobilisations sociales d’envergure ou encore l’élection de leaders remettant ouvertement en cause certains principes fondamentaux des démocraties libérales sont autant d’indicateurs d’un ressentiment grandissant d’une partie de la population vis-à-vis des institutions et des représentant·e·s élu·e·s.
Partant de ce triple constat, cette section thématique se construit autour de sera construite autour de trois sessions qui aborderont ces trois aspects centraux de la démocratie représentative que sont ses acteurs (élu·e·s, non-élu·e·s, acteurs sociaux et partis politiques), ses règles (institutions formelles et informelles) ainsi que l’opinion publique entendue au sens large. Assiste-t-on à des processus de renouvellement, d’adaptation ou de transformation de la part des acteurs concernés ?
L’émergence de nouveaux acteurs entrant en « résistance » avec le système politique actuellement en place est-il à mettre en lien avec l’état de crise dans lequel serait plongée la démocratie représentative ? Qu’en est-il des propositions de réformes institutionnelles ou des systèmes électoraux débattues et/ou adoptées au cours des dernières années ? Les élites politiques sont-elles toujours à même d'assurer une réelle congruence entre les intérêts de l'opinion publique et le contenu des décisions politiques ?
Coordination : Lucas Faure, Raphaëlle Parizet
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Notre section thématique s’intéresse au gouvernement associatif des publics vulnérables, entendu comme la configuration dans laquelle acteurs publics et associatifs travaillent à rendre vulnérables les publics légitimes à être pris en charge – c’est-à-dire socialement et institutionnellement désirables (Faure et Parizet, 2027). À la croisée des trois axes du congrès, la focale est ici mise sur la production de savoirs associatifs (Lochard et Simonet, 2009) qui rendent possible l’enrôlement des associations par les pouvoirs publics en attestant de leur utilité. La mobilisation d’associations pour intervenir auprès des publics vulnérables s’inscrit dans un contexte fortement contraint marqué par une chute des financements publics (Cottin-Marx, Hély, Jeannot et Simonet, 2017), doublé d’un encadrement de plus en plus étroit des libertés associatives (Talpin et Delfini, 2025).
Nous nous intéressons ici à la figure du porte-parolat, entendu comme la capacité à revendiquer une représentation politique (Bourdieu, 2011) des publics fragiles. Les prétentions à cette représentation s’appuient sur deux savoirs associatifs spécifiques, aux mains des acteurs associatifs, mais également des travailleurs sociaux ou encore des agents de l’État, qui leur permettent de se positionner dans l’espace du gouvernement associatif : l’empirie et l’expertise, qui peuvent être tout à la fois des savoirs, des compétences, des registres. À l’instar d’un capital d’autochtonie, l’empirie renvoie à la capacité à faire reconnaître comme légitime un savoir produit par le travail et par l’expérience, par le bas, au plus près des publics concernés. Susceptible d’être converti en expertise – sans que cette conversion ne soit toutefois automatique – l’empirie ne renvoie donc pas seulement à l’observation de situations concrètes, mais à une capacité située et professionnalisée de production de connaissances. Issue de l’expérience pratique, cette connaissance peut être mobilisée pour définir des catégories d’intervention ou encore constituer une ressource stratégique pour le plaidoyer. Aussi, le savoir associatif ne préexiste-t-il pas à l’activité, mais se constitue dans celle-ci : c’est une condition de sa légitimité dans l’espace militant et associatif.
L’expertise désigne la capacité à faire reconnaître ce savoir pratique comme une compétence légitime pour intervenir dans la définition et la conduite de l’action publique. Ne se réduisant pas à la détention de connaissances spécialisées – fussent-elles issues du terrain – elle suppose un travail de traduction, de formalisation et de mise en visibilité de l’expérience associative, afin de la rendre audible dans les espaces institutionnels. Une telle conversion dépend des conditions sociales et institutionnelles de l’action associative qui permettent aux acteurs de s’affirmer comme des interlocuteurs autorisés, capables de produire des diagnostics et de revendiquer un mode spécifique d’encadrement des activités associatives.
Les communications pourront discuter les catégorisations et les usages de ces porte-parolats dont la revendication se fait au prix d’une lutte intense entre acteurs associatifs et publics. La revendication d’expertise et d’empirie par les acteurs associatifs, ainsi que leur capacité à les cumuler, conditionne la nature de leurs interactions avec les pouvoirs publics. Réciproquement, la valorisation d’un savoir par les décideurs politiques oriente la sélection des associations aptes à répondre à la commande publique. Les communications sont invitées à examiner l’émergence de postes spécifiquement dédiés à l’exercice de ces porte-parolats autour de l’hypothèse selon laquelle, dans leur grande majorité, les personnes qui l’exercent ne sont pas représentatives des publics qu’elles prétendent représenter. Enfin, le rôle des chercheur·es dans la production de ces savoirs constituera un fil de réflexion transversale à cette ST.
Coordination : Lino Castex, Aymeric Leroy
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Les pressions qui pèsent aujourd'hui sur les démocraties (désinformation, polarisation, contestation de l'expertise, montée des rhétoriques autoritaires) sont d'abord des phénomènes discursifs. Elles se produisent, se légitiment et se contestent dans et par des énoncés : slogans militants, cadrages médiatiques, discours institutionnels, controverses normatives, productions d'expertise. Étudier les « démocraties sous pression » suppose donc de se doter des moyens d'analyser rigoureusement ces énoncés dans la perspective d’un diagnostic du temps présent. C'est l'objet de cette section thématique, qui entend faire dialoguer les traditions francophones et internationales de l'analyse du discours en science politique et, ce faisant, redoubler l’analyse sur les énoncés de la discipline elle-même.
L'ambition est essentiellement d'ordre épistémologique. Il s’agit de développer une réflexion sur ce que signifie connaître le politique par ses énoncés, et sur les conditions de possibilité et de validité d'un tel savoir. La section s'organisera autour d'un triptyque :
Les méthodes d'abord : analyse critique du discours (Coman et al. 2022), approches énonciatives et argumentatives, lexicométrie et textométrie (Garnier et Guérin-Pace 2010; Lebart, Pincemin & Poudat 2019; Leblanc 2015), analyses de cadrage, sociologie des controverses (Chateauraynaud 2011), archéologie foucaldienne des sciences humaines et sociales (Foucault 1969; Maingueneau 2011)…
Les outils ensuite : constitution et exploitation de corpus, y compris numériques (Comby et Mosset 2016; Gefen 2015, Alexandre 2024, Tainturier 2026), traitements automatiques, apports et limites des sciences computationnelles et des grands modèles de langage (LLM)... Conformément à l'invitation de l'appel à interroger « les soubassements normatifs et épistémologiques » de ces techniques, une attention particulière sera portée à leur portée critique comme à leurs angles morts (Cardon 2019, Grimmer, Roberts et Stewart 2022) et à l'articulation entre approches interprétatives et quantitatives.
Les objets enfin : mutations de l'opinion publique et de la communication politique (Reynié 2013; Frinault, Karila-Cohen et Neveu 2023), pratiques d’information et de désinformation, paroles militantes et paroles rapportées (Hayat, Kaciaf et Passard 2022), cadres discursifs des mouvements sociaux (mobilisations écologistes, anti-gender, luttes autour du genre, de la diversité et de la justice sociale), rhétoriques catastrophistes (Chollet et Felli 2015), paroles prophétiques ou eschatologiques, discours conservateurs ou réactionnaires (Alduy 2015, 2017, 2022; Butler 2024), énoncés de la science politique elle-même (Chollet 2023).
Cette section thématique vise plus largement à fédérer les chercheuses et chercheurs qui font de l’analyse du discours une manière d’enquêter sur les transformations, menaces et renouveaux du politique en situation contemporaine. L'objectif est double : dresser un état des lieux de l'analyse du discours en science politique francophone et montrer en quoi elle constitue un instrument privilégié pour saisir ce qui, dans le langage politique contemporain, met les démocraties sous pression.
Coordination : Louise Rebeyrolle, Léa Lebeaupin Salamon
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Les industries façonnent l’action publique environnementale et participent à sa définition, à différents moments de la séquence de politique publique (en amont de l’élaboration jusqu’à la réception), à différents niveaux d’action (arènes internationales, nationales et localisées), par différents répertoires d’action et de stratégies et participent aux transformations des démocraties que le congrès triennal de l’ABSP se propose d’explorer.
Des recherches se sont attachées à comprendre les stratégies d’influence des industriels (Laurens 2018 ; Kirsch, 2014), des ethnographies d’entreprises ont étudié leurs programmes de RSE, (Rajak, 2011 ; Horowitz, 2011) ou leurs stratégies de promesses non tenues face à l’enjeu environnemental (Joly, 2013). Loin d’une dichotomie réductrice de la position des industries entre un soutien enthousiaste ou un refus en bloc de la réglementation environnementale (Meckling, 2015; Meckling, Vormedal, 2024), ce panel invite à interroger les comportements, stratégies, et réactions des industries face aux contraintes environnementales au concret, dans la lignée des travaux sur le lobbying indirect (Tresch, 2022) et les quiet politics (Culpepper, 2012). Dans le sillon du compliance capitalism, on cherche à voir plus finement la manière dont l’enjeu environnemental est intégré par les industries, les mécanismes règlementaires comme volontaires pouvant être des opportunités de nouveaux marchés, de capter des ressources financières et symboliques.
L’ethnographie offre un pont d’entrée privilégié pour saisir ces dynamiques puisqu’elle pousse l’enquête jusqu’aux entreprises et jusqu’aux arènes où se fabrique la norme, tout en donnant à voir les arrangements et compromis qui échappent aux discours officiels ou aux communiqués d’entreprises. Elle permet aussi de prendre au sérieux les catégories que les industriels font circuler, de l’acceptabilité sociale et de la licence sociale d’opérer jusqu’au verdissement, en les traitant comme des constructions à explorer (Owen & Kemp, 2013 ; Gendron, Yates & Friser, 2024)
Ainsi, ce panel invite les chercheur·ses à présenter leurs recherches, empiriquement ancrées autour de trois axes :
- Les instruments d’action publique : de leur élaboration à leur saisie par les acteurs industriels (réception de l’action publique, co-fabrique avec les acteurs privés et à quel moment).
- Les pratiques des entreprises face à la contrainte : ce qu’elles font des mécanismes réglementaires ou volontaires (investissements, promesses technologiques, reports, réorganisations productives ou organisationnelles).
- Les trajectoires des agents de « verdissement » des industries, occupant des postes souvent transverses aux hiérarchies conventionnelles des industries, une sociologie des professionell·es de l’écologisation (responsables RSE, ingénieur·es environnement, juristes, consultant·es).
Les propositions pourront s’inscrire dans un ou plusieurs de ces axes et porter sur des secteurs, des pays et des échelles variés. Les discussions sur ce que l’ethnographie des industries apporte à l’analyse de l’action publique environnementales sont souhaitées. Les comparaisons entre filières et contextes nationaux sont encouragées.
Coordination : Benjamin Biard, Archibald Gustin
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Alors que le modèle démocratique semble constituer un acquis largement partagé dans de nombreuses sociétés occidentales, celui-ci est aujourd’hui confronté à des pressions croissantes, tant externes qu’internes. Les premières renvoient notamment aux recompositions géopolitiques et aux menaces susceptibles d’affecter le fonctionnement des régimes démocratiques, parmi lesquelles la désinformation, les opérations d’influence ou encore les tentatives d’ingérence étrangère, particulièrement visibles à l’occasion des périodes électorales (comme en Roumanie à l’hiver 2024). Les secondes renvoient quant à elles à différentes formes d’extrémisme politique promues par des partis et mouvements variés. Parmi elles, l’extrême droite connaît ces dernières années un regain d’intérêt, qui se manifeste tant par le renouvellement de ses dynamiques militantes que par sa progression sur le terrain électoral. De nouveaux mouvements d’extrême droite ont ainsi émergé, tandis que de nouveaux partis sont entrés en compétition, voire se sont imposés, dans certains paysages politiques. À tout le moins, les organisations d’extrême droite semblent avoir acquis une légitimité accrue, sous l’effet de processus de normalisation auxquels ont contribué, volontairement ou non, certains partis dits traditionnels, mais aussi certains médias. Cette normalisation a contribué à renforcer leur influence sur le jeu politique et à déplacer les frontières de ce qui est considéré comme politiquement acceptable. La progression de l’extrême droite, sous ses différentes formes, peut également conduire au renforcement de diverses dynamiques de lutte contre celle-ci. Elles se déploient dans plusieurs espaces : au sein des administrations publiques, confrontées à la mise en œuvre de décisions adoptées par des majorités d’extrême droite ; dans l’espace médiatique, à travers notamment la mise en place ou le maintien d’un cordon médiatique ; ou encore au sein de la société civile, où les mouvements antifascistes se recomposent et renouvellent continuellement leurs formes d’action.
Partant, cette section thématique sera guidée par plusieurs questions centrales :
- Quelles dynamiques électorales caractérisent aujourd’hui l’extrême droite en Belgique et ailleurs ?
- Comment l’extrême droite investit-elle les institutions et adapte-t-elle ses pratiques à l’exercice du pouvoir ?
- Au-delà des partis, comment les mouvements d’extrême droite s’implantent-ils et s’organisent-ils dans le jeu politique ?
- Comment l’extrême droite tente-t-elle de gagner en légitimité et d’imposer son agenda ?
- Dans quelle mesure des acteurs traditionnels s’adaptent-ils à la pression croissante de l’extrême droite ?
- Quelles résistances face à l’extrême droite ?
Les propositions de communication en français de 200 mots maximum sont à envoyer à Benjamin Biard (b.biard@crisp.be) et à Archibald Gustin (archibald.gustin@vub.be) pour le 15 décembre au plus tard. Elles portent sur un ou plusieurs des aspects décrits dans le présent appel et peuvent recourir tant à des méthodes qualitatives que quantitatives.
Coordination : Antoine Aubert, Christophe Majastre
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L’analyse des supports de diffusion des idées politiques occupe une place de choix dans certains champs disciplinaires comme l’histoire culturelle, comme le montrent les travaux de Roger Chartier et Robert Darnton sur les origines intellectuelles de la Révolution française . L’histoire des idées politiques contemporaines, quant à elle, ne s’est intéressée que récemment aux processus d’intermédiation et de “mise en livre” des idées politiques. Si certains travaux ont pris pour objet le travail des éditeurs ou la genèse de nouveaux “genres” en lien avec la constitution de groupes sociaux , ceux-ci ont surtout contribué à mettre en avant les différents enjeux internes (économiques ou symboliques) qui structurent le champ de l’édition ou, plus largement, le champ littéraire entendus comme des espaces de luttes pour l’appropriation d’un pouvoir de légitimation des idées et des formes littéraires .
En prenant pour objet la matérialité des idées, cette section thématique vise à explorer les angles morts de la littérature en histoire des idées politiques. Elle propose de s’intéresser à l’invisibilisation de certaines productions intellectuelles très éloignées de l’objet « livre », aux liens entre mémoires et idées, mais aussi de questionner certains découpages hérités et de se demander ce qui fait in fine la consistance d’une « idée » à travers la manière dont la légitimité des causes ou des idées se construit à travers leur support et en lien avec lui.
Les communications pourront s’inscrire, de manière non exhaustive, dans un des deux axes de réflexions suivants.
À qui sont les idées ? Les supports matériels comme enjeu de classification pour les acteurs politiques
Le premier axe s’intéresse aux frontières entre les types de supports matériels – tracts, fanzines, affiches, livres, professions de foi, mais aussi caricatures, films, musique, contenus numériques et langages informatiques – et à leurs transgressions. Comment les idées politiques jouent-elles avec leurs supports et avec la frontière entre le politique et l’infra-politique ? Comment ces supports se donnent-ils à voir comme des moyens d’action politique ou peuvent-ils témoigner, à l’inverse, d’une dénégation de ce caractère politique ? Le tract, par exemple, semble être un support d’idées immédiatement politique, mais ce qu’on entend par « tract politique » n’apparaît qu’autour de 1830 dans le chartisme anglais, ce qui l’ancre dans une histoire différente du tract publicitaire dont l’origine remonte au XVIIe siècle . De plus, la façon dont, matériellement, se donne à lire un auteur guide le sens à donner à une idée : l’interprétation d’un penseur aussi politique que Marx change considérablement entre une brochure courte entourée de paratextes politisant publiée par un éditeur communiste, et une édition complète à visée scientifique qui détache Marx de la tradition marxiste . Les contributions pourront porter sur l’évolution du lien entre des matérialités particulières et des identités collectives, à l’image du lien entre le pamphlet et l’extrême-droite. Une attention à certaines thématiques (comme l’écologie) et à leurs supports, ou à des matérialités peu étudiées car loin du livre, est bienvenue.
Comment les supports matériels font l’histoire des idées politiques/ce que fait l’histoire des idées des matérialités
Le second axe s’intéresse à l’influence des supports sur la construction rétrospective des idées politiques et leur classification. Il s’agit de s’intéresser à la manière dont les « styles » sont rétrospectivement construits et permettent d’alimenter le récit d’une continuité entre le présent et des expériences politiques passées, en prenant en compte à la fois les conditions matérielles de leur conservation et de leur transmission (à travers les processus d’archivages) et les hiérarchies symboliques qui entrent en ligne de compte dans ces deux processus. Certaines pensées, comme celles des femmes ou des personnes racisées, ont-elles été moins archivées ? Quelles matérialités sont moins conservables, et quels problèmes posent ces enjeux archivistiques ? Quels enjeux spécifiques (aussi bien pour l’analyse que pour la conservation) posent la numérisation du monde social et des productions qui tentent de le penser? Certains États, notamment autoritaires, conservent-ils différemment que d’autres ? Les contributions attendues traiteront de l’un ou de l’autre de ces aspects en prêtant attention à la manière dont les supports matériels et les pratiques de lectures (qu’elles soient scientifiques ou profanes) s’influencent réciproquement.
Références
Aubert, Antoine, et Frédérique Matonti. 2022. « Le rocher de Sisyphe:Publier des œuvres complètes dans les maisons d’édition communistes ». Mil neuf cent. Revue d’histoire intellectuelle 40 (1): 102‑21.
Boschetti, Anna. 2004. « Sciences sociales et littérature : enjeux et acquis des travaux de Pierre Bourdieu sur le champ littéraire ». In La liberté par la connaissance. O
Dile Jacob. https://doi.org/10.3917/oj.bouve.2004.01.0233.
Camarade, Hélène. 2017. Le tract, média du pouvoir et des contre-pouvoirs: l’exemple de l’espace germanique (XVe-XXe siècles). Collection « Documents ». Le Bord de l’eau.
Chahsiche, Jean-Michel. 2019. « Le marché français du livre d’économie (1945-2015) Contribution à une histoire sociale des idées économiques ». Université Paris I Panthéon-Sorbonne.
Chartier, Roger. 2000. Les origines culturelles de la Révolution française. Points. Histoire ; H268. Ed. du Seuil.
Darnton, Robert. 1991. Edition et sédition: l’univers de la littérature clandestine au XVIIIe siècle. NRF essais. Gallimard.
Graber, Frédéric. 2023. L’affichage administratif au XIXe siècle: former le consentement. Histoire environnementale 12. Éditions de la Sorbonne.
Guigo-Patzelt, Eva. 2023. « Hélène Camarade, Le tract en RDA 1949-1990. Instrument de résistance, d’opposition et de conquête de l’espace public ». Histoire Politique. Revue du Centre d’histoire de Sciences Po, publication en ligne anticipée. https://doi.org/10.4000/histoirepolitique.10536.
Noël, Sophie. 2019. « Les éditeurs de critique sociale au tournant du XXIe siècle:Permanence et évolutions de l’édition politique ». Science Politique. Politiques de communication 12 (1): 175‑203. https://doi.org/10.3917/pdc.012.0175.
Stuppia, Paolo. 2020. 2006: une victoire étudiante?: le mouvement anti-CPE et ses tracts. Collection Germe, Groupe de recherches sur les mouvements étudiants. Éditions Syllepse.
Coordination : Audrey Vandeleene, Sophie Jacquot, Clémence Deswert
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Les crises traversées par les démocraties contemporaines, qu’elles soient sociales, politiques, économiques, environnementales ou institutionnelles, soulèvent des enjeux d’inégalités, de discrimination et de justice sociale susceptibles d’être analysées sous le prisme du genre. Entre outre, les transformations, recompositions et tensions à l’œuvre peuvent affecter particulièrement des groupes sociaux déjà marginalisés par les normes et rapports de genre, mais aussi par leur possible intersection avec d’autres critères de discrimination (Kantola & Lombardo, 2017 ; Williams, 2021). En Europe et dans le monde, des mouvements plus ou moins institutionnalisés se mobilisent autour des questions de genre et d’identité, sur fond de discours réactionnaires et anti-genre bénéficiant parfois d’importants relais médiatiques, dans les médias traditionnels et sur les réseaux sociaux (Righetti et al., 2025). Ces discours sont notamment portés par des partis politiques et des gouvernements, et se traduisent régulièrement en politiques publiques contraires au principe d’égalité et hostiles aux droits des femmes et des personnes LGBTQIA+ (Ahrens & Meier, 2026). Dans le même temps, les études de genre font l’objet de menaces croissantes, mettant en danger la production de savoirs critiques, la liberté académique, voire l’intégrité des chercheur·euse·s dont les objets et approches de recherche sont disqualifiées pour leur dit « wokisme » (Delmotte & Lacroix, 2024 ; Dupuis-Déri, 2022).
Cette section thématique accueille les contributions traitant des articulations, dynamiques et tensions entre le genre, la politique et/ou la science politique. Elle inclut les travaux adoptant une perspective de genre et/ou intersectionnelle sur les transformations politiques contemporaines au sens large, par exemple en lien avec l’action publique, l’opinion publique ou la gouvernance démocratique. Les communications portant sur les controverses politiques et sociales autour des questions de genre, d’identité et de diversité, en ce compris les travaux analysant les mobilisations et discours anti-genre mais aussi progressistes, sont également les bienvenues. Une attention est aussi portée aux contributions enrichissant la réflexion sur la protection et le renouveau des institutions et pratiques démocratiques, par exemple celles portant sur l’inclusivité des outils d’innovation démocratique ou sur le potentiel des théories ou approches féministes et/ou intersectionnelles pour (re)penser la participation, la représentation ou la citoyenneté.
Les contributions peuvent s’inscrire dans tous les sous-champs de la discipline, comme la sociologie politique, la politique comparée, la théorie politique, les relations internationales, les politiques publiques, la communication politique ou encore les études européennes. Elles peuvent porter sur toutes les aires géographiques et niveaux de pouvoir (local, national, régional, supranational), et être rédigées en français ou en anglais. Par ailleurs, la section thématique « Genre, Politique(s) et Science politique » accueille les chercheur·euse·s à toute étape de leur carrière et quel que soit l’état d’avancement de leurs travaux.
Références:
Ahrens, P., & Meier, P. (2026). From gender equality champion to anti-gender battleground? The European Parliament and the contestation of gender equality and LGBTQIA+ inclusivity. Culture, Practice & Europeanization, 11(1), 9-32.
Delmotte, F., & Lacroix, J. (2024). Lettre aux universalistes: À celles et ceux qui s’ inquiètent de l’évolution de l’Université. La Revue Nouvelle, 4(4), 44-49.
Dupuis-Déri, F. (2022). Panique à l'université: rectitude politique, wokes et autres menaces imaginaires. Lux éditeur.
Kantola, J., & Lombardo, E. (2017). Gender and the economic crisis in Europe. Politics, institutions, and intersectionality. Basingstoke: Palgrave.
Righetti, N., Kulichkina, A., Almeida Paroni, B., Cseri, Z. F., Aguirre, S. I., & Maikovska, K. (2025). Mainstreaming and transnationalization of anti-gender ideas through social media: the case of CitizenGO. Information, Communication & Society, 28(15), 2658-2681.
Williams, F. (2021). Bringing in ‘the social’: an intersectional analysis of global crises and welfare. In The Struggle for Social Sustainability (pp. 195-216). Policy Press.
Coordination : Dealan Riga, Robert Dopchie, Julien Bois
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Over the past decade, the European Union has increasingly been confronted with an international environment characterised by geopolitical competition, economic coercion, war, technological rivalry and growing challenges to established forms of international cooperation. These transformations have been accompanied by a proliferation of concepts seeking to capture the EU's response, including strategic autonomy, economic security, resilience, de-risking and geopolitical actorness. While these debates have generated substantial research across different areas of EU studies, their broader implications for EU policies, governance and European integration remain fragmented across policy-specific literatures.
This Standing Section proposes to bring these research agendas together by asking how a changing international environment is transforming European policies, institutions and integration. Rather than assuming the existence of a coherent geopolitical turn, it invites contributions examining the processes through which external pressures and changing strategic priorities are translated—or fail to translate—into transformations of EU governance and policy practice. Particular attention is devoted to the actors, institutions and political processes through which new strategic objectives are defined, contested and implemented, as well as to the continuities and constraints that shape their translation into policy practice.
The section welcomes contributions from across EU studies and encourages dialogue between theoretical, empirical and methodological approaches that are often addressed separately. Papers may investigate transformations in EU foreign, security and defence policy, trade and economic security, industrial and technological policy, energy, enlargement, development, migration or other areas affected by changing geopolitical conditions. Contributions examining institutional and political dynamics are equally welcome, including relations between EU institutions and Member States, changing patterns of competence and authority, differentiated national preferences, politicisation, policy coordination and the implications of these developments for European integration. The section also welcomes critical perspectives on these processes and on the policies through which the EU responds to them. These may include analyses of power relations, asymmetries, conditionality, exclusion, or the differentiated effects of EU policies, including in the fields of enlargement, development and external governance. Contributions may also examine how concepts such as resilience, strategic autonomy or geopolitical actorness frame political problems and policy choices rather than treating them simply as neutral descriptions of change.
Beyond individual policy developments, the section seeks to explore whether contemporary transformations amount to a broader reconfiguration of European governance. Do geopolitical pressures generate new forms of integration and institutional adaptation, or are they accommodated through established practices and distributions of authority? How are tensions between openness and security, supranationalism and intergovernmentalism, or normative commitments and strategic objectives negotiated across policy areas? Conversely, where do continuity, contestation or institutional resistance constrain attempts to redefine European priorities? How, in turn, do these developments reshape—or leave unchanged—the ways in which EU policies are formulated and implemented across different fields?
The section therefore brings together research on the EU's changing international environment with work on its policies, institutions and integration. Its aim is to move beyond separate debates on strategic autonomy, resilience, economic security, geopolitical actorness and related concepts, and to examine whether the developments grouped under these labels reflect broader changes in EU governance and policy, or whether established structures, practices and distributions of authority remain largely intact
Coordination : Loïc Perrin
En Belgique francophone, les matières culturelles relèvent constitutionnellement des Communautés depuis les années 1970. Dans les faits, pourtant, une part déterminante de l'action culturelle publique se joue à l'échelon local : les communes construisent et gèrent des infrastructures, cofinancent les centres culturels, soutiennent académies, bibliothèques, festivals et collectifs artistiques, et arbitrent au quotidien entre des priorités concurrentes. Les échelons communal et supra-communal n'en demeurent pas moins un angle mort de la littérature belge francophone.
Cette section thématique entend contribuer à combler ce vide en réunissant des contributions consacrées aux enjeux contemporains des politiques culturelles des territoires, organisées autour de trois entrées complémentaires. Les propositions peuvent s'inscrire dans une ou plusieurs d'entre elles.
La première porte sur les référentiels qui structurent aujourd'hui l'action culturelle locale. Le décret du 21 novembre 2013 relatif aux centres culturels constitue l'un des premiers textes légaux belges à rendre opérationnelle la notion de droits culturels. D'autres logiques coexistent avec celle-ci ou la concurrencent : attractivité territoriale, développement local, cohésion sociale, redynamisation urbaine, ville permaculturelle, ville culturelle participative. Comment ces référentiels s'articulent-ils, se contredisent-ils, se traduisent-ils en catégories d'action ?
La deuxième entrée concerne le rôle des autorités publiques locales. Qui gouverne la culture localement, avec quelles ressources, quelles compétences et quelles marges de manœuvre ? On s'intéressera aux profils et aux trajectoires des élu·e·s en charge de la culture, aux relations entre échelons de pouvoir, aux configurations partisanes, ainsi qu'aux effets des contraintes budgétaires actuelles sur les capacités d'action locale. Ces pressions font directement écho au thème du congrès.
La troisième entrée invite à l'étude empirique de dispositifs déployés localement : centres culturels, parcours d'artistes, commandes de street art, tiers-lieux et friches, résidences, bibliothèques, opérations de labellisation. Envisagés comme instruments d'action publique, ces dispositifs donnent à voir des choix politiques, des publics visés et, parfois, des formes d'institutionnalisation — voire de récupération — d'initiatives nées hors de l'action publique.
Les propositions portant sur la Belgique sont particulièrement bienvenues ; les éclairages étrangers et/ou comparatifs le sont tout autant : par résonance ou par contraste, ils permettent de situer le cas belge. La section relève au premier chef de la science politique, mais les croisements avec la sociologie, l'anthropologie, la géographie ou les sciences de la communication y sont pleinement bienvenus, de même que les travaux de doctorant·e·s.
Coordination : Elif CAN, Sümbül KAYA, Cem ÖZATALAY
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Relevant d’un répertoire d’action répressive, les purges visent à écarter des individus ou des groupes considérés comme déloyaux et à réordonner les institutions et les sphères professionnelles. Leurs modalités, leurs justifications et leurs cibles varient selon les configurations sociohistoriques. L’histoire des XXe et XXIe siècles montre ainsi que les purges ne sont pas réductibles à un type particulier de régime politique. La mise à l’écart de hauts diplomates de carrière et la révocation de plusieurs responsables militaires aux États-Unis en 2025 fournissent une illustration contemporaine. Ces évolutions invitent à étudier les purges moins comme l’attribut d’un type de régime que comme une modalité historiquement située de gouvernement des institutions, des groupes professionnels et des loyautés politiques. Dès lors, les purges invitent à dépasser une lecture binaire des formes de pouvoir fondée sur l’opposition entre régimes « démocratiques » et « autoritaires ». En ce sens, elles peuvent être appréhendées comme des dispositifs spécifiques de mise à l’écart, de disqualification et de réorganisation des appartenances institutionnelles, inscrits dans des configurations politiques et sociohistoriques diverses.
La littérature consacrée aux purges politiques est largement structurée par des approches quantitatives et par des travaux centrés sur les élites. Ceux-ci analysent principalement les purges à partir des luttes internes au pouvoir et des stratégies par lesquelles les dirigeants cherchent à neutraliser des rivaux, prévenir les menaces internes et consolider leur position (Sudduth, 2017 ; Wong & Chan, 2021 ; Goldring & Matthews, 2023 ; Svolik, 2012). Cette focale laisse cependant davantage dans l’ombre les opérations de grande ampleur qui débordent les cercles dirigeants pour affecter les sphères professionnelles et administratives.
Les purges contemporaines peuvent prendre des formes et des ampleurs très différentes selon les contextes. Par exemple, en Turquie, à la suite de la tentative de coup d’État de 2016, plus de 130 000 personnes ont été révoquées dans l’armée, la justice, l’enseignement, la santé et d’autres secteurs publics. D’autres configurations permettent d’élargir la comparaison. En Chine, la campagne anticorruption engagée sous Xi Jinping a pris la forme d’une purge bureaucratique de très grande ampleur. Li et Manion la qualifient de « broad purge », précisément parce qu’elle s’est étendue bien au-delà des seuls détenteurs du pouvoir central ; entre 2013 et 2021, plus de quatre millions de cadres ont fait l’objet de poursuites ou de sanctions, contribuant à transformer les logiques de sélection, de mobilité et de loyauté au sein de l’appareil bureaucratique (Li & Manion, 2023 ; Qian & Tang, 2023). Au Soudan, le régime issu du coup d’État de 1989 a également eu recours à des licenciements arbitraires et politiquement motivés dans l’administration et d’autres composantes de l’appareil d’État, participant à une recomposition durable de la fonction publique et des rapports de loyauté institutionnelle (Mahé, 2024). En Hongrie, l’abaissement de l’âge de départ obligatoire à la retraite des juges a conduit à l’éviction d’environ 274 juges et participé à une recomposition du champ judiciaire (Sata & Karolewski, 2020 ; Kovács & Scheppele, 2018). Au Brésil, sous la présidence Bolsonaro, le contrôle politique de l’administration s’est notamment traduit par l’éviction de fonctionnaires de postes de responsabilité, leur remplacement par des responsables politiquement loyaux ou des militaires, et par différentes formes de mise à l’écart au sein de la bureaucratie fédérale (de Sá e Silva, 2022 ; Bersch & Lotta, 2024). Ces configurations invitent à interroger comparativement les conditions dans lesquelles les pratiques de purge débordent les seuls cercles dirigeants pour affecter plus largement les champs professionnels et les institutions, ainsi que les modalités par lesquelles elles redéfinissent les frontières de l’appartenance, de la loyauté et de la légitimité professionnelles.
Ainsi, ce panel propose de déplacer le regard des seuls objectifs poursuivis par les gouvernants vers les effets sociaux, institutionnels et biographiques des purges. Comment ces opérations recomposent-elles les institutions, les champs sociaux et les hiérarchies professionnelles ? Comment produisent-elles des formes de déclassement social brutal (Can et Kaya, 2025; Sinthon, 2020), de stigmatisation et de désaffiliation (Castel,1995) ? Dans quelles conditions ces ruptures donnent-elles lieu à de nouvelles formes de réaffiliation, de solidarité, d’adaptation, de contournement ou de résistance ?
Le panel privilégiera des enquêtes permettant d’articuler les transformations des espaces institutionnels et professionnels aux expériences et aux conséquences biographiques de la perte de statut socioprofessionnel (Fillieule, 2020). Les propositions attendues pourront s’intéresser à la manière dont ces processus varient selon la position sociale, le genre, l’appartenance ethnoraciale et l’inscription territoriale des personnes visées. En inscrivant les purges dans un répertoire d’action répressive plus large (Cormier & Erdinç, 2020), le panel souhaite réunir des travaux portant sur différents contextes sociohistoriques du XXIe siècle. La comparaison visera à identifier les mécanismes communs et les variations qui caractérisent la sélection des populations ciblées, la recomposition des champs sociaux et les trajectoires des personnes affectées.
Modalités de soumission
La date butoir d’envoi des propositions est fixée au 15 janvier 2027.
Elles comporteront
- Un résumé d’une longueur maximale de 5000 signes, rédigé en français ;
- Un titre ;
- Une affiliation institutionnelle ;
- Les coordonnées de l’auteur·e (e-mail).
Les propositions sont à envoyer à l’adresse suivante : purges.21siecle@gmail.com
Calendrier prévisionnel :
21 octobre 2026 : Lancement de l’appel à propositions
15 janvier 2027 : Clôture de l’appel
Fin janvier 2027 : Notification des auteur·e·s
19-21 mai 2027 : Tenue du congrès
Responsables de la session thématique :
Elif Can, UCLouvain, GIRSEF, chercheuse associée au Centre Max Weber, elif.cansevindik@uclouvain.be
Sümbül Kaya, ENTPE, Université de Lyon, ENTPE, UMR EVS, sumbul.kaya@entpe.fr
Cem Özatalay, Université Galatasaray, TAM, cem.ozatalay@gmail.com
Bibliographie
Bersch, K., & Lotta, G. (2024). Political control and bureaucratic resistance: The case of environmental agencies in Brazil. Latin American Politics and Society, 66(1), 27–50. https://doi.org/10.1017/lap.2023.22
Can, E., & Kaya, S. (2025). Academic Freedom under Authoritarian Rule in Post-2016 Turkey : Institutional Recomposition and Individual Trajectories. Sociologica, 19(3), 87‑107. https://doi.org/10.60923/issn.1971-8853/23004
Castel, R. (1995). Les métamorphoses de la question sociale : Une chronique du salariat. Fayard.
Cormier, P., & Erdinç, I. (2020). Introduction : Les répertoires d’action répressifs en régime autoritaire. Pôle Sud, 53(2), 21‑35. https://doi.org/10.3917/psud.053.0021
De Sá e Silva, M. M. (2022). Policy dismantling by capacity manipulation in a context of democratic backsliding: The bureaucracy in disarray in Bolsonaro’s Brazil. International Review of Public Policy, 4(3), 272–292. https://doi.org/10.4000/irpp.3001
Fillieule, O. (2020). Conséquences biographiques de l’engagement. In Dictionnaire des mouvements sociaux: 2e éd. (p. 138‑146). Presses de Sciences Po. https://doi.org/10.3917/scpo.filli.2020.01.0138
Goldring, E., & Matthews, A. S. (2023). To Purge or Not to Purge? An Individual-Level Quantitative Analysis of Elite Purges in Dictatorships. British Journal of Political Science, 53(2), 575‑593. https://doi.org/10.1017/S0007123421000569
Kovács, K., & Scheppele, K. L. (2018). The fragility of an independent judiciary: Lessons from Hungary and Poland—and the European Union. Communist and Post-Communist Studies, 51(3), 189–200. https://doi.org/10.1016/j.postcomstud.2018.07.005
Li, Z., & Manion, M. (2023). The decline of factions: The impact of a broad purge on political decision making in China. British Journal of Political Science, 53(3), 815–834. https://doi.org/10.1017/S000712342200062X
Qian, J., & Tang, F. (2023). Campaign-style personnel management: Task responsiveness and selective delocalization during China’s anti-corruption crackdown, 2013–2020. The China Quarterly, 256, 919–938. https://doi.org/10.1017/S0305741023000644
Mahé, A.-L. (2024). Documenting arbitrary dismissals in an authoritarian context: Archives as contentious politics in Sudan (1989–2019). Critique internationale, 102(1), 93–118. https://doi.org/10.3917/e.crii.102.0093
Özatalay, C. (2020). Purge, Exile, and Resistance:Rethinking the Conflict of the Faculties through the Case of Academics for Peace in Turkey. European Journal of Turkish Studies. Social Sciences on Contemporary Turkey, (30), Article 30. https://doi.org/10.4000/ejts.6746
Sata, R., & Karolewski, I. P. (2020). Caesarean politics in Hungary and Poland. East European Politics, 36(2), 206–225. https://doi.org/10.1080/21599165.2019.1703694
Sinthon, R. (2020). Déclassement. In G. Sapiro (Éd.), Dictionnaire international Bourdieu (p. 221‑270). CNRS Éditions. https://doi.org/10.3917/cnrs.sapir.2020.01.0221
Sudduth, J. K. (2017). Strategic Logic of Elite Purges in Dictatorships. Comparative Political Studies, 50(13), 1768‑1801. https://doi.org/10.1177/0010414016688004
Svolik, M. W. (2012). The Politics of Authoritarian Rule. Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9781139176040
Wong, S. H.-W., & Chan, K. C.-M. (2021). Determinants of political purges in autocracies : Evidence from ancient Chinese dynasties. Journal of Peace Research, 58(3), 583‑598. https://doi.org/10.1177/0022343319899155
Coordination : Morgane Ghys, Marie Kwon, Sonia Chabane
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As a transdisciplinary and critical approach to the study of International Relations (IR), International Political Sociology (IPS) offers alternative lenses to understand global (dis)order and contemporary political transformations. Characteristic of IPS is its unsettling of and reconstitution of conventional IR categories, concepts, and theories to bring into light obscure and entangled power dynamics which shape current politics.
Through the exploration of three major themes of IPS scholarship- knowledge, technology, and affect - our proposed workshop aims to propose in-depth account of a wide range of contemporary issues in world politics through the IPS perspective. It invites scholars of all seniority, especially those who are interested in participating in the international IPS tradition and those based in Belgium, to engage with these themes in novel and creative ways. Broadly defined, the approach from IPS builds on insights from a multitude of disciplines, bringing insights and methods from sociology, anthropology, geography, history and related disciplines, as well as on conceptual traditions including (but not limited to) deconstruction, Foucauldian, Bourdieusian and Science and Technology Studies approaches, postcolonial and decolonial thought, queer and feminist theory, assemblage and materiality theory, Deleuzian perspectives and critical race theory.
Knowledge
Knowledge production has become a central object of inquiry for scholars seeking to denaturalise the categories through which the ‘international’ is understood and governed. IPS scholarship interrogates how expertise, method, and disciplinary boundaries shape what counts as legitimate knowledge in world politics, and how these processes of knowledge-making are entangled with practices of power. We invite papers examining the sites, actors, and practices through which knowledge about international relations is produced and contested.
Technology
Technological change - from digitalisation and artificial intelligence to surveillance and security infrastructures - is reshaping the exercise of power across borders and reconfiguring relations between states, markets, and societies. IPS scholarship approaches technology not as a neutral tool but as a site where political rationalities, expertise, and material practices intersect. We invite papers exploring how technologies mediate, enable, or contest contemporary forms of governance, security, and resistance in world politics.
Affect - The emotional turn has challenged core assumptions in social sciences, so too in the study of international relations. However, while the literature has been successful in arguing that emotions matter, how they matter remains a subject of intense academic debate. This workshop invites scholars who engage with this debate, linking theoretical and methodological arguments to timely issues and empirical research.
Coordination : PIRON Damien, ESPOSITO Giovanni, Elia Vionne, Yanis Tambour
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Les transformations politiques, économiques, sociales et technologiques contemporaines interrogent profondément les structures, les acteur.rices et les modes d’action des administrations publiques. Dans un contexte de recomposition des rapports entre État, marché et société, cette section thématique propose d’examiner ces transformations à partir du cas belge, en faisant dialoguer les perspectives de l’administration publique, de l’analyse des politiques publiques et du management public.
La ST accueillera des contributions portant tant sur les structures et les acteur.rices administratif.ves que sur leurs modes d’action et leurs réformes. Les contributions pourront notamment aborder les modèles administratifs (New Public Management, Neo Weberian State, New Public Governance…), la fonction publique, les relations politico-administratives, la bureaucratie au guichet (street-level bureaucracy), les modes de gestion des services publics, les finances publiques, la digitalisation de l’action et des administrations publiques ou encore les diverses formes de gouvernance – associant tant la diversité des acteur.rices (administratif.ves, politiques, privé.es, citoyen.nes…) que des échelles de gouvernement (locale, provinciale, régionale, communautaire, fédérale, européenne et internationale).
Une attention particulière pourra être portée à la coexistence et à l’hybridation de différentes logiques d’action – bureaucratique, marchande/managériale et collaborative – et à la manière dont elles recomposent le rôle de l’administration dans la fabrique de l’action publique.
À travers la diversité des objets, des niveaux de gouvernement et des approches théoriques et méthodologiques mobilisés, cette ST entend contribuer à une réflexion collective sur les transformations contemporaines de l’administration et de l’action publiques en Belgique.
Coordination : Emmanuel Klimis, Geoffroy Matagne
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La transaction est inhérente aux relations internationales : négociation, rapports asymétriques de pouvoir, échanges de concessions et conditionnalités y ont toujours occupé une place centrale. On assisterait cependant aujourd'hui à une transformation des formes et des objets de la transaction, et à une affirmation assumée de ces pratiques dans une nouvelle normalité.
Cette ST examine les fondements d'un hypothétique « tournant transactionnel » des relations internationales, parfois qualifié de « piège transactionnel » (Brenes, Foreign Affairs, 2026), provisoirement défini comme la tendance à subordonner *explicitement* l'octroi d'une ressource, d'un financement ou d'un avantage politique à une contrepartie identifiée et négociée au cas par cas. Cette logique privilégierait les échanges bilatéraux, les résultats immédiats et la réversibilité des engagements, au détriment des règles du jeu multilatéral, des objectifs collectifs partagés et des normes présentées comme universelles.
Sans préjuger de l'existence ou de la nouveauté du phénomène, la section vise à déterminer s'il correspond à une transformation qualitative, à une intensification de pratiques anciennes, ou à leur explicitation croissante dans les discours et les instruments d'action publique. Elle interroge aussi ses variations selon les systèmes institutionnels, les acteurs, les régions et les secteurs.
La coopération internationale constitue un terrain d'analyse privilégié de ce phénomène. Depuis les années 1990, ses cadres dominants ont, dans un renversement du paradigme rostowien de l’atteinte de la démocratie comme résultat de la croissance économique, mis en avant la démocratie (Discours de la Baule, 1990), les droits humains, la bonne gouvernance et l'appropriation par les pays partenaires (Déclaration de Paris, 2005), jusqu'au dialogue politique de l'accord de Cotonou, comme conditions du développement. Ces principes ont toujours coexisté avec des objectifs diplomatiques, sécuritaires et économiques, mais les politiques de coopération apparaissent aujourd'hui plus explicitement articulées à des transactions « win-win » autour des migrations, de la sécurité, de l'accès aux ressources et aux marchés, ou de la recherche d'alliances géopolitiques. La diversification des bailleurs et des acteurs privés élargit parfois les marges de négociation des pays bénéficiaires, leur permettant de mettre en concurrence les partenaires traditionnels et certaines conditionnalités. Elle peut aussi produire de nouvelles dépendances et asymétries.
Une attention particulière sera portée aux effets de ce phénomène sur la démocratie : subordination de la coopération à des objectifs stratégiques pouvant marginaliser les droits humains et consolider des régimes autoritaires, mais aussi diversification des partenariats pouvant accroître les marges de manœuvre des États et contester des conditionnalités jugées paternalistes ou peu légitimes.
Quatre axes structurent les contributions attendues (théoriques, empiriques, comparatives) :
1. Conceptualiser et mesurer l'approche transactionnelle, la distinguer de la négociation classique, de la conditionnalité et de la défense ordinaire des intérêts nationaux.
2. Étudier ses instruments et domaines : aide au développement, défense et sécurité, migrations, commerce extérieur.
3. Analyser acteurs et rapports de pouvoir : effets de la diversification des partenaires sur les stratégies des États des Suds.
4. Évaluer ses effets sur la démocratie : normes, institutions et pratiques démocratiques.
Communications acceptées en français et en anglais ; un atelier au moins sera proposé en format hybride.
Coordination : Delphine Griveaud, Charlotte Peset, Vincent Lefebve, Daniela Trucco
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Des démocraties, parfois établies depuis des siècles, traversent actuellement une zone de fortes turbulences. Des piliers de notre vie collective font l’objet d’une remise en cause croissante, sur plusieurs fronts, et par différents acteurs politiques, économiques et sociaux. La séparation des pouvoirs et le système de protection des droits humains semblent perdre progressivement leur légitimité de garde-fous, pour être perçus comme des obstacles à la libre expression et la liberté d’action de la majorité. Plus généralement, l’utilité de l’ensemble des contre-pouvoirs démocratiques (juges, presse, monde universitaire, acteurs associatifs, etc.) est questionnée par une partie de la population et de la classe politique.
Ces transformations érodent le principe d’État de droit. Ce dernier, qui a pendant des décennies été perçu comme un élément essentiel de la matrice démocratique, au point de devenir un standard international largement admis, semble être entré dans un processus de fragilisation pluriel. Primo, le principe d’État de droit fait l’objet d’hostilités et d’interprétations qui le vident en réalité de sa substance, depuis les accusations de “gouvernement des juges” de la part de responsables politiques elles et eux-mêmes jusqu’aux expressions oxymoriques comme « coup d’État légal » ou « coup d’État de droit » employées pour dénoncer certaines décisions de justice, parfois rendues par des hautes juridictions. Segundo, la multiplication et la pérennisation des dispositifs présentés comme “exceptionnels” mobilisés au nom de la sécurité, de l’urgence, d’intérêts supérieurs, transforment et questionnent aujourd’hui de plus en plus les contours mêmes de l’État de droit. Tertio, alors que se multiplient les usages a priori paradoxaux de l'institution judiciaire contre les droits, ou plus spécifiquement contre certains droits, c’est l’État de droit comme système de protection des droits humains qui semble être, sur un autre front encore, mis sous pression. Enfin, une partie des citoyen·nes, sous différentes formes, plus ou moins organisées, prennent leur distance avec l’État de droit, voire le contestent sur différents fronts, en dénonçant la violence de cet État envers certains individus et mouvements sociaux ; en se résignant à son incapacité à répondre à certains problèmes publics comme les violences sexistes et sexuelles ; en faisant justice elles et eux-mêmes, depuis des pratiques de vigilantisme aux pratiques de justice communautarisées.
Sur la base de ce constat, cette session thématique souhaite réunir des contributions permettant de mieux saisir ces transformations - leurs évolutions, leurs acteurs, leurs contextes, leurs effets -. Ces contributions pourront s’inscrire dans l'un des quatre axes suivants.
Axe 1. L'État contre la justice - La fonction de juger comme objet de conflictualité politique
Axe 2. L'État contre le droit ? - Les zones d'exception de l'action publique
Axe 3. La justice contre les droits ? - Les usages conservateurs du droit
Axe 4. La justice sans l'État - Les recompositions extra étatiques de la justice
Les quatre axes sont ouverts à des contributions mobilisant des approches issues de la science politique, du droit, de la sociologie, de la criminologie, de l'histoire, de l'anthropologie, de la philosophie ou d'autres disciplines des sciences humaines et sociales, ainsi qu'à des analyses comparées portant sur différents contextes nationaux ou internationaux.
Axe 1. L'État contre la justice - La fonction de juger comme objet de conflictualité politique
Dans de nombreuses démocraties contemporaines, la justice institutionnelle est devenue un objet de conflictualité politique. La critique ne porte plus seulement sur certaines décisions juridictionnelles ou sur l'interprétation du droit, mais sur la légitimité même des juridictions à encadrer l'exercice du pouvoir politique. Les dénonciations du « gouvernement des juges », de la « juristocratie » ou de l'activisme judiciaire traduisent ainsi une remise en cause plus générale de la place du pouvoir judiciaire dans les démocraties contemporaines et, plus largement, des équilibres propres à la séparation des pouvoirs (Hirschl, 2004 ; Krynen, 2012 ; Waldron, 2006). Ces controverses s'inscrivent dans un contexte plus large de recomposition des rapports entre droit, politique et démocratie, marqué par une remise en question croissante des contre-pouvoirs institutionnels, une redéfinition des attentes adressées aux juridictions et une politisation accrue des débats relatifs à l'État de droit (Commaille, 2015 ; Vigour et al., 2022 ; Chevallier, 2023 ; Ost, 2026).
Cet axe invite à analyser les processus par lesquels les juridictions deviennent un objet de conflictualité politique, ainsi que les effets de cette évolution sur la séparation des pouvoirs, la légitimité des juridictions et les conceptions contemporaines de l'État de droit. Il accueillera des contributions analysant les formes, les acteur·ices et les effets de cette conflictualité, qu'il s'agisse des discours politiques contestant le rôle des juridictions, des transformations des rapports entre pouvoir politique et pouvoir judiciaire, des controverses suscitées par certaines décisions de justice, des usages politiques de ces décisions, des débats relatifs à la place des magistrat·es dans l'espace public et à l'exercice de leur liberté d'expression, ou encore des reconfigurations contemporaines de la légitimité du juge dans les démocraties libérales. Une attention particulière pourra également être portée aux comparaisons internationales, aux controverses relatives aux juridictions nationales, constitutionnelles ou supranationales, ainsi qu'aux évolutions des représentations sociales et politiques de la fonction de juger.
Axe 2. L'État contre le droit ? - Les zones d’exception de l’action publique
Les sociétés contemporaines connaissent une multiplication de dispositifs présentés comme exceptionnels (Agamben, 2003 ; Bigo, 2008 ; Bonelli, 2010), mobilisés au nom de la sécurité, de l’urgence, de la protection des intérêts supérieurs de l’État ou de l’efficacité de l’action publique, dans des domaines aussi variés que le renseignement, la lutte contre le terrorisme et le narcotrafic, la gestion des frontières ou les exportations d’armes. Ces dispositifs invitent à interroger les rapports entre droit, sécurité et action publique, ainsi que les conditions dans lesquelles les institutions étatiques aménagent les cadres juridiques, organisent le secret ou redéfinissent les modalités du contrôle auquel elles sont soumises. Ils conduisent également à interroger les tensions qui traversent aujourd’hui l’État de droit lorsque des régimes dérogatoires ou des formes d’opacité tendent à s’inscrire durablement dans l’action publique.
Cet axe propose d’interroger les rapports entre État de droit, raison d’État et état d’exception, en questionnant notamment le caractère exceptionnel de ces dispositifs, lorsque des mesures provisoires tendent à se pérenniser, que des régimes dérogatoires deviennent des modalités ordinaires de l’action publique, ou que ces formes particulières de gouvernement s’inscrivent durablement dans le fonctionnement des institutions.
Les contributions pourront notamment porter sur les usages du secret, les régimes dérogatoires, les mesures dites d’exception, les formes de discrétion administrative, les transformations des modalités du contrôle juridictionnel, ou encore les processus de production et d’organisation de la connaissance, de l’opacité et de l’ignorance. Elles pourront également interroger les marges de discrétion et d’appréciation dont disposent les institutions publiques dans la mise en œuvre de l’action publique (Lipsky, 1980 ; Dubois, 1999), les déplacements des frontières de la légalité ainsi que les tensions qui traversent l’État lorsque différentes institutions mobilisent des logiques concurrentes de connaissance, de preuve ou de décision. À titre d’exemple, les tensions entre une logique judiciaire, fondée sur la preuve contradictoire, et une logique du renseignement, davantage orientée vers l’anticipation, le soupçon et le secret, illustrent les conflits susceptibles de traverser l’action étatique. Une attention particulière pourra être portée aux processus par lesquels les institutions étatiques produisent, organisent ou maintiennent certaines formes d’opacité ou d’ignorance (Scott, 1998 ; Boswell & Chabal, 2023).
Axe 3. La justice contre les droits ? - Les usages conservateurs du droit
La question de l’érosion de l’État de droit et des droits humains est souvent présentée comme un affrontement entre des gouvernements élus - notamment lorsque guidés par des partis labélisés tour à tour de populistes, souverainistes, illibéraux ou d’extrême droite – et des tribunaux, ces derniers placés en rempart de l’état de droit et de la défense des droits des minorités, soutenus ou sollicités dans ce rôle par des actions de la société civile. En effet, la littérature sociojuridique s’est depuis lontemps intéressée aux organisations non gouvernementales et aux mouvements sociaux s’adressant à la justice dans le but d’étendre les droits des populations minorisées ou d’en assurer la protection (Sheingold 1974, Jacquot & Vitale 2014 ; Kawar 2015 ; Handmaker & Taekema 2023). Elle s’est notamment focalisée sur le contentieux stratégique, type d’action en justice initiée dans un but de changement social dépassant le cas individuel (van der Pas 2021), mais aussi sur les tierces interventions auprès de la Cour Européenne des Droits Humains introduites par des acteurs non gouvernementaux dans le rôle de amici curiae (Van den Eynde 2013). Dans cette perspective, la société civile est une alliée des tribunaux dans la défense de l’État du droit et des droits humains. Pourtant, le droit est un instrument politique dont l’orientation dépend largement des acteur·ices qui le manient (Bob 2019). Dès lors et par exemple, une action en justice peut être initiée pour demander la fermeture d’un centre d’accueil pour migrants, un recours peut être introduit à l’encontre d’un programme d’éducation à la vie affective et sexuelle ou encore une tierce intervention peut soutenir une déchéance de nationalité devant la Cour Européenne des Droits Humains. Cet axe invite ainsi des contributions permettant de déplacer l’analyse sociojuridique de l’activisme juridique depuis ses usages “émancipateurs” du droit vers ses usages “non-émancipateurs”, “conservateurs” (Cliquennois et al. 2024), “anti-libéraux” (Blokker 2024), “populistes” (Kocemba & Stambulski 2024) ou “de droite” (Austermann et al. 2026, Barker & Switzer 2025) notamment dans le champ des migrations, de la nationalité et du multiculturalisme, d'une part, et du genre et de la sexualité, de l’autre. Il peut s’agir de contributions théoriques-empiriques concernant les acteur·ices impliqué·es dans ce type de mobilisation juridique, les conditions qu’ils et elles rencontrent, les obstacles ou les ressources dont ils et elles disposent ainsi que les effets de ces usages du droit sur les Cours, leurs décisions ou leur fonctionnement. Les réflexions et discussions terminologiques, catégorielles et méthodologiques sont également bienvenues ainsi que les analyses, éventuellement co-construites, des contre-stratégies des défenseurs des droits.
Axe 4. La justice sans l’État -Les recompositions extra étatiques de la justice
Au cours des dernières décennies, l’État a monopolisé, centralisé, et rationalisé l’exercice de la justice (Meccarelli 2018 ; Willemez 2025). La justice d’État, et peut-être à plus forte raison encore, la justice pénale, se sont progressivement imposés dans l’imaginaire collectif tout comme dans la recherche en science politique comme l’image même de la justice, c’est-à-dire de la manière légitime à travers lesquels une société donnée confronte et régule les violences et conflits en son sein (Vigour et al. 2021. Pour autant, l’organisation sociale et politique de la justice se passe bien souvent du recours à l’institution judiciaire, par d’innombrables pratiques informelles de traitement d’écarts à la norme qui pourraient sembler échapper au domaine de la science politique mais également par des pratiques organisées et plus ou moins stabilisées, qui portent en elles des revendications par essence politiques à constituer une forme de justice légitime (Griveaud 2025). Partant de ce constat, cet appel invite à décaler le regard par rapport au couple justice = institution judiciaire au profit de l’analyse des diverses formes de justice organisées qui ne sont pas rattachée à la justice d’État, et dont les protagonistes entretiennent avec l’État des rapports oppositionnels, bien que souvent ambivalents.
En effet, des formes de justices alternatives se développent hors du giron de l’État, à tel point que le monopole de la justice légitime semble parfois lui échapper. C’est le cas dans certains espaces militants, notamment en milieu libertaire (Ingénito et Pagé 2017 ; Fourment 2021) ou dans la Z.A.D. (Zone à Défendre) de Notre-Dame-des-Landes (Verdier 2021). C’est également le cas des citoyens “vigilants” surveillant les quartiers ou les frontières, pour pallier le “désordre public”, souvent en collaboration avec la police locale (Gardenier 2020), et a fortiori des « justiciers hors la loi » (Favarel-Garrigues et Gayer 2021), ces justiciers autoproclamés violant la loi pour punir, lyncher, réprimer par eux-mêmes, et dont les cibles privilégiées sont les migrants, les pédophiles, et les homosexuels. Ces phénomènes signalent qu’au cœur des transformations contemporaines de la justice, le rejet de l’État, du droit, et les appels à la « communauté » grandissent.
Cet axe entend réunir des contributions, préférablement empiriques, sur les pratiques organisées de justice qui tâchent de se passer du droit et de l’État, sur leurs acteurices, leurs positionnements et sur leurs rapports avec les institutions existantes. Par ailleurs, au-delà des discours, il invite à considérer que leurs rapports à l’État semblent plus ambigus qu’il n’y parait. A titre d’exemple, on peut citer les tensions autour du recours à la force et à la sanction (Aviram 2020), ou les tensions au sein du projet féministe abolitionniste entre rejet total du système de justice et défense des demandes de protections judiciaires de la part des victimes de violences sexistes et sexuelles (McGlynn 2022). Quelles sont les limites que les acteurices de ces initiatives rencontrent dans leurs tentatives de se passer du droit, de l’institution judiciaire, et de la police ? Comment composent-ils et elles dans et avec l’existant ? Quels conflits de valeurs, de légitimité, et quels conflits pratiques émergent de ces initiatives ?
Modalités de contribution
Les propositions de communication compteront 1000 mots maximum (hors bibliographie). Elles devront indiquer l’objet de recherche, la question posée, la méthodologie employée et les données à disposition du ou de la chercheuse pour y répondre. Nous demandons également aux contributeur·ices d’annoncer explicitement dans lequel des quatre axes développés dans l’Appel s’inscrit leur proposition. Enfin, les auteur·ices sont invité·es à indiquer leur rattachement universitaire, disciplinaire, et leur poste/statut actuel.
Les propositions devront être envoyées le 15 janvier au plus tard aux membres du comité d’organisation. Elles afficheront en objet du mail la mention : « Proposition - Congrès ABSP 2027 ».
A la suite du Congrès, le comité d’organisation proposera aux communicant·es qui le souhaitent de prendre part à un ouvrage collectif organisant les différentes contributions aux panels autour d’une réflexion sur les tensions traversant aujourd’hui l’État de droit.
Le comité d’organisation :
Delphine Griveaud (FNRS - UCL) : delphine.griveaud@uclouvain.be
Vincent Lefebve (CRISP) : v.lefebve@crisp.be
Charlotte Peset (FNRS – ULB) : charlotte.peset@ulb.be
Daniela Trucco (FNRS – ULB) : daniela.trucco@ulb.be
Calendrier
15 janvier 2026 – Date finale pour l’envoi des propositions au comité d’organisation de la session.
30 Janvier 2027 – Sélection des contributions retenues pour les différents panels de la session thématique, notification à l’ensemble des proposant·es et élaboration du programme de la session.
Février 2027 - Publication par l’ABSP du programme de l’ensemble des sessions du Congrès
30 avril – Date finale pour l’envoi des textes des communications aux discutant.es des différents panels
19-21 mai 2027 - Congrès triennal de l’ABSP, UCLouvain (Sites de Louvain-la-Neuve & Saint-Louis Bruxelles)
Références citées
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Gilles Favarel-Garrigues, Laurent Gayer, Fiers de punir. Le monde des justiciers hors-la-loi, Paris, Seuil, 2021, 352 p.
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Margot Verdier, Le commun de l'autonomie: Une sociologie anarchiste de la zad de Notre-Dame-des-Landes, Editions du Croquant, 2021.
Cécile Vigour, « Les rapports des citoyen.nes à la justice : Expériences, représentations et réceptions », Rapport de recherche, Mission de Recherche Droit et Justice, 2021.
Laurent Willemez, Sociologie de la justice. Repères. La Découverte, 2025.
Coordination : Pierre-Etienne Vandamme, Sixtine Van Outryve
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Crise de la représentation, défiance envers les partis, aspirations à une participation plus importante des citoyens et citoyennes : autant de dynamiques qui replacent au cœur du débat public l’idée d’un peuple prenant part directement à l’exercice du pouvoir. Dans les discussions courantes, la démocratie directe est le plus souvent réduite au référendum. Or, elle recouvre une réalité bien plus vaste, faite de traditions, de pratiques et de théories hétérogènes, voire concurrentes.
La démocratie directe désigne traditionnellement des modes d’organisation politique permettant au peuple d’exercer directement une partie du pouvoir public, sans intermédiaire (Cronin 1989 ; Chollet 2011 ; Bookchin 2015). Ces modes recouvrent pourtant des réalités très différentes : depuis les référendums (d’initiative citoyenne), les initiatives législatives citoyennes ou les town meetings de la Nouvelle-Angleterre (Cossart, Felicetti & Kloppenberg, 2016), qui s’inscrivent dans le cadre de la démocratie représentative, jusqu’aux assemblées populaires spontanées comme Occupy Wall Street, les Indignados ou Nuit debout (Guichoux, 2021). À ces réalités politiques, qui reflètent des compréhensions distinctes de la démocratie directe, s’ajoutent des théories normatives visant à remplacer la démocratie représentative : la démocratie directe unanime (Wolff 1970), la démocratie des conseils (Muldoon 2018), la lotocratie (Guerrero 2024), la démocratie liquide (Blum & Zuber 2016), ou encore la démocratie directe communaliste (Bookchin 2015). Autant de visions qui divergent quant au sujet du pouvoir, à son étendue, à ses institutions et à sa finalité.
Cette section thématique entend prendre au sérieux cette pluralité. Plutôt que de trancher pour une définition unique, elle propose d’explorer les visions concurrentes de la démocratie directe et de mettre au jour ce qui les distingue, ce qui les rapproche voire ce qui les oppose. Une telle clarification n’est pas seulement conceptuelle : elle est aussi politique. À un moment où l’extrême droite s’empare volontiers du registre de la démocratie directe en en détournant l’idéal pour défendre une vision exclusive et homogène du peuple et plébiscitaire de la participation, discuter et distinguer les significations de cette notion apparaît comme un enjeu démocratique de premier plan. Nommer les visions en présence, c’est se donner les moyens de résister à leur récupération.
La section accueillera des contributions historiques, empiriques et théoriques portant sur le concept et les pratiques de démocratie directe, dans différentes sphères : politique, mais aussi économique et sociale. Les communications pourront notamment interroger : les usages et les histoires des dispositifs de démocratie directe ; les rapports entre démocratie directe et délibération ; les théories normatives et leurs présupposés ; les pratiques d’auto-organisation et d’assemblée ; les frontières entre démocratie directe, participative et représentative ; ou encore les enjeux de récupération et de contestation de la notion. La section est prévue en deux sessions (une francophone, une anglophone), chacune réunissant quatre communications suivies d’une discussion. Un appel à communications sera diffusé dans les deux langues et à travers divers réseaux internationaux.
Coordination : Nathalie Schiffino-Leclercq, Steve Jacob, Claire Dupuy, Samuel Defacqz
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La confiance dans les administrations publiques représente un enjeu fondamental pour l’avenir des démocraties. Cette ST est particulièrement intéressée par les travaux qui concernent les interactions directes entre citoyens, citoyennes et agents (Bartels, 2013), notamment en référence à la street-level bureaucracy (Lipsky, 1980/2010). Inscrite dans les GT Action publique et GT Démocratie, cette ST appelle des contributions autour de deux axes.
Le premier axe porte sur les fardeaux administratifs et est attentif aux conséquences de leur expérience pour la légitimité de l’action publique (Dupuy et Defacqz, 2022). Les fardeaux sont généralement définis comme « l’expérience vécue par un individu de la mise en œuvre d’une politique comme étant lourde et exigeante » (Burden et al., 2012, p. 742). Ils englobent trois types de coûts (Moynihan et al., 2015) : des coûts de conformité, psychologiques et d’apprentissage. Cette typologie a été élargie pour inclure des coûts dits de rédemption (Barnes, 2021) et des coûts de correction (Widlak & Peeters, 2020). Des propositions récentes visent aussi à mieux opérationnaliser les coûts par des critères comme le temps, l’argent, les efforts (Daigneault, 2025 ; Nisar & Masood, 2023). Il reste néanmoins à mettre à l’épreuve les contributions empiriques et analytiques de ces conceptualisations dans une diversité de cas, à considérer comment les expériences multiples des citoyennes et citoyens peuvent être étudiées avec ces outils et à en examiner les conséquences politiques en termes de légitimation de l’action publique. À ce jour, la recherche sur les fardeaux administratifs s’est principalement concentrée sur les citoyens et citoyennes. Mais elle permet aussi d’éclairer l’expérience des agents de première ligne. La ST est particulièrement intéressée par des contributions qui offrent un retour du terrain et une théorisation relatifs aux fardeaux administratifs qui questionnent les interactions entre État et citoyens, citoyennes.
Le second axe porte sur l’usage de l’intelligence artificielle (IA) dans les administrations publiques, particulièrement dans les interactions de première ligne. Portée par la promesse d’améliorer l’efficacité et l’efficience de l’action publique ainsi que la qualité des services offerts à la population, l’IA se déploie rapidement dans les administrations publiques. Cependant, en automatisant une part croissante des échanges, l’IA modifie la nature des interactions entre les administrations et les citoyens ou citoyennes. Le déploiement de l’IA reconfigure le rôle des agents publics et soulève des enjeux de confiance à l’égard des décisions produites (Jacob et Brousseau, 2025). Cette évolution conduit à s’interroger sur les effets de l’IA : tient-elle ses promesses en matière de performance, de qualité des services et de légitimité de l’action publique ? Si plusieurs travaux mettent en évidence des gains potentiels en matière de réduction de la charge de travail et d’amélioration de la performance (Gupta, 2019), d’autres soulignent les tensions entre la relation humaine au guichet et les impératifs d'efficacité (Jung et Camarena, 2025), l’augmentation possible du fardeau administratif (Peeters, 2023) et le développement d’usages clandestins de l’IA (Jacob, 2026). La ST est particulièrement intéressée par des contributions empiriques et théoriques relatifs à l’usage de l’IA dans les administrations publiques particulièrement au guichet.
Coordination : Gwendal Châton, Sébastien Caré
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Depuis une dizaine d’années, la critique du libéralisme – entendu ici dans son sens philosophique et politique – connaît une vigueur nouvelle. Cette résurgence s’accompagne de la visibilité croissante de quatre courants dont les appellations, souvent forgées à l’aide de préfixes et de néologismes, suggèrent tantôt une opposition franche au libéralisme, tantôt un retour à ses sources, ou encore son dépassement : illibéralisme, paléo-libertarianisme, post-libéralisme et néo-réaction.
À côté des mouvements et gouvernements illibéraux, se sont en effet développées des doctrines qui, selon des modalités différentes, remettent en cause certains fondements du libéralisme. Ces critiques conduisent, en outre, à faire de la démocratie un obstacle à l’édification d’un ordre politique fondé sur le « bien commun ». De Viktor Orbán et Ryszard Legutko à Patrick Deneen et Adrian Vermeule, en passant par Hans-Hermann Hoppe, Peter Thiel et Curtis Yarvin, les argumentaires diffèrent, mais tous participent, à des degrés variables, à une remise en cause de la démocratie libérale.
L’objectif de cet atelier, qui s’inscrit dans l’axe 2, est de prendre au sérieux cette convergence sans pour autant la réduire à une catégorie analytique univoque : il s’agira d’interroger les différentes facettes de cette « déploration antidémocratique ». L’atelier entend ainsi contribuer à l’analyse des menaces idéologiques qui pèsent aujourd’hui sur les démocraties, en étudiant les personnalités, les réseaux, les narratifs, mais aussi les passions par lesquels la « société ouverte » est à nouveau décrite comme la cause d’un déclin multiforme que les institutions démocratiques seraient incapables d’empêcher, voire dont elles seraient les instruments.
Cette perspective combinera théorie politique, histoire des idées et sociologie des intellectuels. Elle invitera à déplacer le regard en analysant la production d’idées comme une stratégie performative susceptible de rendre pensable et possible la sortie du giron démocratique. Au-delà de la récurrence des thèmes (dénonciation du pluralisme, critique de l’individualisme, rejet de la neutralité de l’État, réhabilitation de l’autorité et de la hiérarchie, critique de l’État de droit, articulation du populisme et de l’élitisme), il s’agira donc d’interroger les conditions dans lesquelles cette déploration peut se transformer en une dynamique de changement de régime.
Une attention particulière sera portée aux points communs et aux divergences entre les quatre courants retenus, ainsi qu’aux tensions qui traversent leur projet. L’illibéralisme cherche-t-il uniquement à subordonner les garanties libérales à une conception majoritaire de la démocratie, ou à en sortir ? Le post-libéralisme entend-il dépasser le libéralisme au nom d’une conception substantielle de la politique, ou contribue-t-il à légitimer l’autoritarisme ? Le paléo-libertarianisme trahit-il l’idéal libertarien, ou révèle-t-il sa dimension intrinsèquement antidémocratique ? La néo-réaction constitue-t-elle la radicalisation logique de la critique paléo-libertarienne ?
L’atelier mettra également en évidence les productions, circulations, filiations et alliances entre ces courants, ainsi que les mécanismes par lesquels une critique du libéralisme sert de socle à une critique de la démocratie. L’hypothèse générale sera que les ennemis contemporains de la « société ouverte » déploient une grammaire de la décadence (parfois même de l’apocalypse) qui doit être étudiée en prenant en compte la politique des idées conduite par ces entrepreneurs de déploration.
L’atelier cherchera ainsi à comprendre comment cette grammaire transforme un diagnostic de crise en critique du régime démocratique, et comment cette critique peut contribuer à rendre légitime, désirable ou nécessaire un processus d’autocratisation.
Coordination : Hatem Nafti, Isaona Kherrour
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L'émergence de ce que l'on a appelé les « printemps arabes » a constitué un tournant majeur dans la région. Le soulèvement amorcé en Tunisie en décembre 2010 a produit des effets, à des degrés divers, dans la plupart des États arabes. Si la Tunisie a connu une transition démocratique suivie d'une restauration autoritaire, d'autres pays ont basculé dans la guerre (Libye, Syrie, Yémen), tandis que certains régimes ont contenu la contestation par la répression ou par des aménagements limités. Une seconde vague a touché, à la fin des années 2010, des pays jusque-là relativement épargnés (Liban, Irak, Algérie, Soudan). En Tunisie, l'autogolpe de Kaïs Saïed, le 25 juillet 2021, semble avoir refermé une séquence ouverte une décennie plus tôt.
Cet atelier cherche à explorer les effets de cette séquence, dans toute la diversité des trajectoires nationales qu'elle a produite, sur l'organisation politique et sociale des États de la région. Il s’agit d’inscrire ces évolutions dans un mouvement plus général. Nous proposons d'articuler la réflexion autour de trois axes.
Les mouvements sociaux qui portent, depuis 2011, la contestation dans la région ont connu des mutations profondes, notamment grâce aux nouvelles technologies : nouveaux répertoires d'action, formes d'organisation horizontales, circulation accélérée de l'information. Ces mêmes technologies ont aussi été retournées par les régimes en place en instruments de surveillance et de répression. Cette séquence a également vu l’irruption, dans le débat public, des questions d'organisation des pouvoirs longtemps occultées par l'autoritarisme : nature du régime, statut des contre-pouvoirs, rôle de l'armée ou de la justice. Elle a notamment permis des débats sur des questions identitaires — régionales, linguistiques ou religieuses — jusque-là contenues par les autorités.
La recomposition des élites et l'émergence de nouveaux acteurs sur la scène politique éclairent également les trajectoires nationales impactées par les printemps arabes. Dans certains pays, la consolidation d'une société civile souvent adossée à des ONG internationales a permis de mettre à l’agenda les bonnes pratiques en matière de gouvernance, tout en suscitant des accusations d'inféodation à des puissances étrangères — généralement occidentales — qui ont pu contribuer à diaboliser les tentatives de démocratisation. Les contributions pourront ainsi interroger les nouvelles alliances, rivalités ou lignes de fracture entre acteurs politiques, économiques et associatifs issus de cette séquence.
Enfin, l'avènement de pouvoirs populistes et/ou illibéraux dans des démocraties plus consolidées n'est pas resté sans effet sur les pays arabes — qu'il s'agisse de la circulation de modèles idéologiques, de nouveaux soutiens diplomatiques, ou de recompositions plus larges des alliances internationales. Localement, des thèmes comme la lutte contre l'immigration, la critique de la démocratie libérale ou l'exigence d'un pouvoir fort ont pu trouver des relais tant dans la classe politique que dans l'opinion. Les propositions pourront également porter sur les réactions à ces offensives illibérales et/ou autoritaires : les formes d'organisation par lesquelles d'autres acteurs de la société civile et politique tentent d'y répondre, et ce qu'elles nous apprennent des renouveaux du politique à l'œuvre dans la région.
Coordination : Amélie Bescont, Ludivine Damay, Benjamin Boudou, Pierre Bouilhol
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Les conditions architecturales de la démocratie
Cette proposition de section thématique pose une question générale : quelles sont les conditions spatiales des principes et des pratiques démocratiques ? Si les travaux consacrés aux régimes autoritaires ont largement montré comment l’architecture et l’urbanisme pouvaient contribuer à mettre en scène et à symboliser le pouvoir, les recherches portant sur les relations entre démocratie, production de l’espace et architecture demeurent plus dispersées. Il s’agit ici d’interroger la démocratie non seulement comme un ensemble d’institutions et de procédures, mais également comme une forme de vie spatialement située, qui s’incarne dans des bâtiments, des lieux et des dispositifs urbains.
Deux hypothèses structurent cette réflexion. Premièrement, les principes démocratiques prennent corps dans des configurations spatiales qui peuvent rendre le pouvoir visible et accessible, favoriser l’égalité, permettre l’expression du conflit ou, au contraire, produire de la ségrégation, de l’exclusion et des rapports de domination. Les architectures ne constituent donc pas de simples cadres neutres de l’action collective : elles participent à structurer les relations sociales, les possibilités d’appropriation, les formes de visibilité et les modalités de participation à la vie publique.
Deuxièmement, la production et la transformation de l’environnement bâti constituent elles-mêmes des objets de décision politique. L’aménagement des espaces urbains, la conception des équipements publics, la distribution des infrastructures sociales et écologiques, la patrimonialisation de certains édifices ou encore la construction de lieux de mémoire sont de plus en plus associés à des demandes de participation ou à des dispositifs concrets qui l’organisent. Au-delà du rôle de l’espace dans les expériences démocratiques, on peut interroger la démocratie à l’œuvre dans la production de l’espace : qui participe aux décisions ? Selon quelles modalités ? Avec quelles ressources et quelle capacité effective à transformer les projets architecturaux et/ou urbanistiques ?
Dans cette perspective, cette proposition de section encourage le dialogue entre la science politique, l’architecture, l’urbanisme, la géographie ou encore l’histoire. Plusieurs axes pourront notamment être explorés : les effets politiques des architectures domestiques et publiques sur les expériences d’égalité, de participation, d’inclusion (en lien avec les idéaux démocratiques) ; les usages de la démocratie comme registre de justification dans les discours et projets architecturaux/urbanistiques ; les controverses suscitées par la patrimonialisation ou encore les architectures de la mémoire ; enfin, les modalités décisionnelles appliquées à des projets urbains et architecturaux, en lien éventuel avec l’impératif participatif.
L’objectif est ainsi de déplacer le regard : plutôt que de considérer l’espace comme le simple théâtre de la démocratie, il s’agit d’analyser comment l’espace contribue à la rendre possible, visible et effective — ou, au contraire, à en limiter les pratiques. Cette approche permettra d’interroger conjointement les dimensions matérielles, symboliques et procédurales de la démocratie et de mieux comprendre le rôle politique des architectures dans la production de nos formes de vie collective. Elle entend ainsi ouvrir un espace de discussion sur les relations réciproques entre formes spatiales, rapports de pouvoir et expériences démocratiques, en prêtant attention autant aux espaces conçus qu’aux usages, conflits et pratiques qui les transforment.
Références
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Till, J., 2025, Ça dépend. Essai sur la contingence de l’architecture, éditions de la Villette.
Yaneva, A., 2017, Five ways to make architecture political, Londres/New York, Bloomsbury.
Winner, L., 1986, « Do artefacts have politics ? », Daedalus, reproduit et traduit dans La baleine et le réacteur (2002), Descartes & Compagnie.
Zask, J., 2018, Quand la place devient publique, Paris, Le bord de l’eau
Zask, J., 2025, La démocratie comme milieu de vie. Lectures de John Dewey, volume 4, Bibliothèque de Pragmata.
Coordination : Ornella Graziani, Florent Frasque
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Les débats relatifs aux fédéralismes et aux régionalismes (Nagel 2011), l’essor des mouvements indépendantistes (A. B. Anderson 2018), ainsi que leur tendance à se multiplier au gré des crises environnementales, financières, sociales et démocratiques (della Porta et al. 2023) invitent à réétudier le phénomène nationaliste sous de nouvelles perspectives. Alors que la littérature a longtemps privilégié l’analyse des partis politiques, des organisations militantes, des élites et des dispositifs institutionnels qui promeuvent la cause nationaliste (Keating 1999; Crettiez 2006; Lecours 2021), la focale se concentrera ici sur celles et ceux qui contribuent à la faire circuler et à la réactualiser en dehors de ses espaces les plus visibles. À la suite de Michael Billig (1995) puis de Jon Fox (2017), il s’agira de s’affranchir des lectures top-down pour interroger la façon dont l'attachement à « l'imaginaire national » (B. Anderson 1983) se façonne au quotidien et au local : entre pairs, dans des cercles de sociabilité ordinaires. En privilégiant une approche micro, cette section thématique examinera des figures d’entrepreneur·es de cause encore peu documentées, dont la contribution à la cause nationaliste reste invisible parce qu’elle se déploie dans des pratiques ordinaires voire des espaces éloignés du militantisme organisé.
1. Les femmes et le nationalisme
Cet axe interrogera la place des femmes comme actrices des mobilisations nationalistes, en dépassant leur représentation comme figures symboliques ou auxiliaires pour analyser leur contribution à la production et à la transformation des imaginaires et pratiques nationalistes (Hamilton 2007 ; Sjoberg et Gentry 2007). Comment les rapports de genre structurent-ils ces mobilisations ? Comment les femmes peuvent-elles les investir, les négocier voire les subvertir ? Le cas abertzale enseigne ainsi que leur position minoritaire peut produire des formes spécifiques de sociabilité et de maintien des liens militants (Haurat-Perez 2025). Les convergences entre mobilisations féministes et nationalistes (West 1997), ainsi que les usages du genre dans la construction d’un nationalisme présenté comme progressiste et émancipateur (Thériault 2009) seront également explorés.
2. Le nationalisme au village
Cet axe envisagera les espaces du quotiden (bars, commerces, écoles, associations et sociabilités locales) comme des lieux de socialisation à la cause nationaliste. Dans le prolongement des travaux de Jean-Louis Briquet (2003) sur « la politique au village » dans la Corse rurale, où l'échange de services personnels structure les loyautés électorales, il s'agira de documenter comment des individus – qui ne sont pas nécessairement militants – deviennent des intermédiaires de la cause nationaliste via leurs activités professionnelles ou leurs positions dans des réseaux locaux. Les associations, clubs sportifs et cercles de voisinage jouent effectivement un rôle décisif dans la négociation et la reproduction des appartenances identitaires et politiques (Carteron 2018). Comme les syndicats (Genoud 2025), ces collectifs font le lien entre organisations nationalistes et société. En parallèle, des pratiques ordinaires – telles que le langage, la culture populaire ou l’humour – participent à façonner des répertoires nationalistes latents, susceptibles d’être réactivés dans les moments de tension (Cetrà 2019; Peker et Poitras 2026). Petit·es patron·nes, commerçant·es, enseignant·es et responsables associatifs contribuent ainsi, volontairement ou non, à diffuser des référentiels nationalistes.
Coordination : Isil Erdinc, Arthur Borriello, Jean Faniel, Cécile Piret, Charlotte Dumont
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Coordinateurs/coordinatrices: Isil Erdinc, Arthur Borriello, Jean Faniel, Bernard Conter, Cécile Piret, Charlotte Dumont, Tristan Haute (Université de Lille)
La littérature sur les transformations, reculs et innovations des démocraties et la crise de la représentation se focalise souvent sur les institutions politiques, les partis et les élections. La démocratie sociale et ses transformations demeurent peu étudiées. Elles font l’objet de cette section thématique portée par le GT « Questions sociales-Conflits sociaux » de l’ABSP.
En Europe, les systèmes de protection sociale subissent un processus de démantèlement. Parallèlement, l’influence des syndicats dans la concertation sociale s’érode, en raison des défis liés aux transformations du travail et des entreprises. Quelle capacité d’intervention salarié.e.s et acteurs sociaux ont-ils aujourd’hui dans les processus de prise de décision liés à la production et à la redistribution des richesses, en entreprise et dans la société ?
Trois axes structurent cette section thématique :
(1) les dynamiques collectives dans l’entreprise,
(2) les formes individuelles de politisation,
(3) les rapports partis-syndicats.
1. Démocratie au travail
Si l'institutionnalisation des relations professionnelles et le développement d'acteurs collectifs, notamment syndicaux, ont contribué à limiter certaines formes d'autoritarisme au sein des entreprises, ces dispositifs de concertation sociale ont été progressivement fragilisés et marginalisés par des réformes successives ainsi que par les mutations du capitalisme contemporain. Cet axe invite ainsi à interroger la reconfiguration des institutions, des espaces et des acteurs de la démocratie au travail. Comment ces derniers s’adaptent-ils aux transformations contemporaines des relations professionnelles ? Quels sont les lieux, dispositifs ou formes d’action susceptibles de permettre la participation des travailleurs aux décisions qui les concernent ?
2. Politisation du/au travail
Des formes de politisation ordinaire s’opèrent à travers les relations de travail et l’organisation de celui-ci. Ces politisations du travail et au travail s’appréhendent à travers les représentations sociales, les contestations informelles (ou, au contraire, les évidences partagées), les sentiments d’(in)justice économique et les jugements moraux qui s’expriment au sein des situations de travail, et pour lesquelles différents acteurs, parfois en tension, jouent un rôle structurant : acteur syndical, employeur, management, collectifs de travail…. Cet axe entend articuler ces questionnements avec ceux des identités politiques et des adhésions électorales : dans quelle mesure ce qui se forge au travail comme représentation du monde entre-t-il en résonnance avec certaines idées politiques ? Comment appréhender, méthodologiquement et analytiquement, les relations qui lient ces politisations ordinaires et les comportements électoraux ?
3. Relations syndicats-partis politiques
Enjeux, revendications, programmes et agendas se transmettent entre syndicats et partis politiques. Cet axe cherche à comprendre comment le rapport au politique des syndicats et le rapport au syndicalisme des partis se transforment en pratique. Comment les dynamiques internes aux syndicats et aux partis politiques, et les relations de collaboration/compétition entre ces deux types d’acteurs, sont-elles structurées ? Comment les évolutions communes (la baisse des effectifs et de la participation, par exemple) et spécifiques aux partis (désintermédiation de l’organisation, personnalisation, etc.) et aux syndicats (défis posés par les transformations du travail) affectent-elles ces relations ?
Les propositions de communication en anglais ou en français de 300-500 mots sont à envoyer au plus tard le 15 janvier 2027 à isil.erdinc@ulb.be et arthur.borriello@unamur.be.
Coordinateur.ices : Isil Erdinc (Université libre de Bruxelles), Arthur Borriello (Université de Namur), Cécile Piret (Université libre de Bruxelles), Charlotte Dumont (Université libre de Bruxelles), Tristan Haute (Université de Lille), Emma Nemesien (Université de Lille), Jean Faniel (CRISP), Bernard Conter, (IWEPS).
Coordination : Elisa Reymond, Nathanaël Courchay, Samuel Defacqz
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Partout en Europe, le lien entre citoyens et décideurs politiques semble se distendre. Cette crise de la représentation se traduit notamment par la perte de confiance des citoyen·ne·s dans les institutions, la défiance à l'égard des élites politiques ou les hausses de l’abstention. Au niveau européen, où les arènes du pouvoir sont particulièrement éloignées des citoyen·ne·s, l’espace dédié aux expressions de la société civile semble se réduire et devenir de plus en plus compétitif, voire hostile, comme l’illustre la création du « Scrutiny working group » (SWG) au Parlement européen, examinant à charge les financements accordés par la Commission européenne aux ONG. De plus, cet espace dédié aux consultations est maintenant investi par de nouveaux acteurs issus des mouvements conservateurs, doués de leurs propres Think Tanks à Bruxelles, qui tentent de redéfinir les critères d’une expertise ou d’une représentation légitime. Enfin, la dominance des groupes d’intérêt économique, déjà largement documentée, semble encore gagner du terrain au détriment des intérêts citoyens dans un contexte où simplification et compétitivité sont les mots d’ordre mis en avant par la Commission européenne.
Cette section ambitionne dès lors d’examiner les ressorts et les conséquences de ces transformations de la représentation des différents intérêts et causes qui animent la société dans un contexte de gouvernance multi-niveaux, à l'heure où se croisent la crise climatique, le creusement des inégalités socio-économiques, la désinformation et la montée du populisme d’extrême droite. À cette fin, elle vise à réunir des contributions qui portent sur la manière dont la politique partisane, la représentation d’intérêt et l’expertise s'articulent, se concurrencent ou se recomposent dans ce contexte. La section vise également à offrir un espace de réflexion autour des questions de représentation des minorités et la capacité des groupes revendiquant les représenter à porter leurs voix dans une Europe traversée par une polarisation croissante et un repli identitaire. Enfin, cette section propose d'analyser les stratégies des acteurs populistes (institutionnels ou non), leurs répertoires d’action et l’impact institutionnel de la montée de l’extrême droite dans les enceintes de représentation telles que le Parlement européen. Les discussions autour des effets du « tournant populiste » sur les recompositions des espaces de représentation de l’UE permettront ainsi de porter une réflexion sur la qualité et la représentativité de la délibération démocratique européenne.
Nous accueillons les communications qui analysent notamment :
· Les transformations des relations entre citoyen·ne·s, mouvements sociaux, partis politiques et groupes d’intérêts au niveau européen ;
· La capacité de représentativité des groupes d’intérêt et leur légitimité ;
· L’évolution du rôle de l’expertise dans les organisations ou institutions représentatives ;
· Les mécanismes institutionnels, budgétaires ou discursifs par lesquels les organisations de la société civile voient se limiter leur accès au processus de décision, ainsi que l’effet de tels mécanismes sur leurs stratégies et répertoire d’actions ;
· La représentation descriptive et substantielle des minorités dans les institutions et arènes de représentation européennes.
Coordination : Youri Lou Vertongen, Zoé Crine, Martin Deleixhe
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Partout en Europe, la progression électorale et idéologique de l’extrême droite reconfigure le traitement politique des migrations autour de plusieurs dynamiques convergentes : durcissement des conditions d’accueil et d’asile, externalisation du contrôle des frontières, banalisation des discours anti-migrants, criminalisation croissante des solidarités. La Belgique n’échappe pas à ces dynamiques comme en témoignent la crise organisée de l’accueil et la non-exécution des condamnations judiciaires qui l’ont sanctionnée, ou encore le retour dans le débat parlementaire d’un projet de loi autorisant les visites domiciliaires en vue d’arrêter des personnes en séjour irrégulier. Dans ce contexte de fermeture, que deviennent les luttes migratoires ?
Cette section thématique propose d’analyser les dynamiques de politisation et de résistance qui se déploient en contexte migratoire hostile. Une littérature abondante a montré comment des personnes exclues de la communauté politique parviennent, malgré leur illégalisation, à se constituer en sujets politiques et à faire entendre leurs revendications. Mais que deviennent ces mobilisations lorsque l’espace politique se referme ? Assiste-t-on à un rétrécissement des répertoires d'action, à leur judiciarisation, à leur clandestinisation ? Comment les mouvements de défense des droits des personnes migrantes recomposent-ils leurs alliances face à la criminalisation des solidarités ? Et comment l’extrême droite fait-elle, en retour, de la question migratoire un terrain privilégié de contre-mobilisation ?
Prolongeant la section « Luttes migratoires et représentation politique des migrants en quête de statut » organisée lors du Congrès de l’ABSP 2024, cette section déplace la focale de la représentation vers la résistance : il s’agit d’interroger les conditions de possibilité de l’action collective en migration quand celle-ci est précisément prise pour cible. Elle s’inscrit au cœur de l’axe 2 du congrès (« Analyser les menaces qui pèsent sur les pratiques démocratiques ») et entend faire dialoguer sociologie des mouvements sociaux, sociologie des migrations, théorie politique, approches critiques du droit et analyse de l’action publique.
Les communications pourront s'inscrire dans l'un des cinq axes suivants, tout en restant ouvertes à des propositions qui, sans relever directement de ces axes, contribueront à la réflexion générale du panel :
1. Politisation et subjectivation politique en contexte de fermeture : comment des personnes confrontées à l’illégalisation se constituent-elles comme sujets politiques ? Les propositions pourront analyser les processus de politisation à travers les trajectoires militantes, les émotions, les coûts et les risques de l’engagement.
2. Recompositions des répertoires d’action : comment les personnes migrantes et leurs soutiens luttent-ils en contexte de fermeture ? Les communications pourront notamment explorer les occupations, les grèves de la faim, les mobilisations de travailleurs sans papiers, le recours au droit et la judiciarisation des luttes, ainsi que les pratiques de discrétion et de clandestinité.
3. Alliances et asymétries : avec qui les collectifs de personnes migrantes luttent-ils ? Les communications pourront notamment analyser les configurations de solidarité entre collectifs autonomes de personnes migrantes et réseaux de soutien (hébergement citoyen, syndicats, ONG), ainsi que les relations de pouvoir et les tensions entre autonomie et représentation.
4. Extrême droite et contre-mobilisations : comment les mobilisations anti-migrants transforment-elles les dynamiques de mobilisation ? Les communications pourront notamment examiner les discours qu’elles produisent, leurs interactions conflictuelles avec les mouvements solidaires et le rétrécissement de l’espace civique.
5. Enquêter en terrain hostile : comment étudier des mobilisations en contexte de criminalisation ? Les communications pourront notamment interroger les enjeux épistémologiques, méthodologiques et éthiques de la recherche sur et avec des populations criminalisées, ainsi que la réflexivité et l'engagement des chercheur.es face aux pressions qui visent aujourd'hui la science politique elle-même.
La section pourra s’étendre sur plusieurs sessions du congrès et accueillir une douzaine de communications.
Coordination : Christoph Niessen, Ann-Mireille Sautter, Lorena Ortiz Cabrero
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La Belgique a servi de terrain fertile pour l’étude de la gouvernance multi-niveaux. Ses réformes d’État progressives, ses profondes divisions socio-structurelles et la répartition complexe des compétences entre de multiples niveaux en ont fait un cas important pour comprendre la gestion pacifique des conflits politiques. Or, bon nombre des défis auxquels le fédéralisme belge est actuellement confronté ne sont plus uniquement belges. Ils reflètent des transformations plus vastes qui affectent les systèmes politiques fédéraux et multinationaux à travers le monde.
Les institutions fédérales sont construites autour d’une compréhension socio-culturelle spécifique du territoire et de la communauté, sur laquelle repose l’allocation de l’autorité politique. Cette relation est toutefois de plus en plus en recomposition. La numérisation et la mobilité transfrontalière ont complexifié l’appartenance politique et territoriale, délocalisant ainsi le conflit politique. L’urbanisation et le développement économique inégal ont engendré de nouvelles divisions territorialisées autour de vieilles questions normatives de justice redistributive. Les défis politiques transnationaux – catastrophes climatiques, crises des réfugiés, urgences sanitaires et avènement de l’ère de l’IA – sont rarement limités au niveau politique auquel l’autorité responsable est institutionnalisée.
Ces nouvelles pressions sur des arrangements de gouvernance multinationaux déjà complexes soulèvent des questions plus larges pour l’étude du fédéralisme : comment les États multinationaux répondent-ils aux processus plus vastes de recomposition sociétale et territoriale ?
Bien qu’elle prenne la Belgique comme point de départ, cette Section invite à des réflexions issues d’un large éventail de systèmes politiques multinationaux et (quasi-)fédéraux. Nous encourageons les recherches qui revisitent les approches institutionnalistes et les hypothèses établies sur la politique territoriale à travers des cas inhabituels, des comparaisons créatives et des approches méthodologiques qualitatives ou mixtes innovantes. La Section est organisée sous forme d’atelier autour de deux axes de recherche interconnectés :
Recomposer les communautés et identités politiques : Les systèmes fédéraux ont traditionnellement été confrontés à des pressions internes émanant de communautés nationales distinctes au sein de l’État, mais à ce défi s’ajoute désormais l’évolution socio-démographique et culturelle croissante que traversent de nombreuses démocraties occidentales dans leur ensemble. Comment des dynamiques telles que la migration interne/externe, la convergence linguistique, le cosmopolitisme ou le transnationalisme transforment-elles, par exemple, les conceptions établies de la communauté et de la relation à l’État ? Qu’est-ce que cela implique pour les grandes catégories institutionnelles, les frontières symboliques, la définition des minorités, ou l’appartenance transrégionale ou transnationale ? En un mot, comment les institutions fédérales s’adaptent-elles (si elles s’adaptent) lorsque les communautés qu’elles représentent formellement deviennent plus diversifiées en interne ?
Transformer l’État : De manière générale, les États fédéraux peuvent être à la fois très dynamiques et sensibles au changement, mais aussi lents à réagir, voire enclins à la stagnation. Cette tension a souvent été alimentée et façonnée par les demandes internes des territoires et communautés infra-étatiques visant à accommoder, voire à réformer, les structures existantes pour répondre à leurs besoins. À quoi cela ressemble-t-il à une époque de déplacements d’échelle croissants des politiques publiques ? Comment les défis politiques mondiaux contemporains (e.g. changement climatique, migration, transition économique à l’ère de l’IA) affectent-ils l’échelle spatiale « traditionnelle » de la gouvernance étatique ? Les réformes d’État sont-elles la voie à suivre, ou existe-t-il des configurations alternatives mieux adaptées aux défis délocalisés ?
La Section est préliminairement organisée autour de ces deux axes de recherche, mais les propositions élargissant ou approfondissant la perspective par d’autres angles sont également appréciées. Les contributions comparatives ou méthodologiquement innovantes sont particulièrement bienvenues. Les communications peuvent être soumises en français ou en anglais.
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Belgium has served as a fertile ground for the study of multi-level governance. Its incremental state reforms, deep socio-structural divides, and a complex distribution of authorities across multiple levels have made it a crucial case for understanding the peaceful management of political conflict. Yet many of the challenges Belgian federalism is currently confronted with are no longer uniquely Belgian. They reflect broader transformations affecting federal and multinational polities across the world.
Federal institutions are built around a specific, socio-cultural understanding of territory and community upon which the allocation of political authority is founded. This relationship, however, is increasingly being rescaled. Digitalization and cross-border mobility have complicated political and territorial belonging and delocalized political conflict. Urbanization and uneven economic development have generated new territorialized divides over old normative questions of redistributive fairness. Trans-national policy challenges – climate disasters, refugee crises, health emergencies and the arrival of the age of AI – are rarely limited to the political level at which the responsible political authority is institutionalized.
These new pressures on already complicated multi-national arrangements raise broader questions for the study of federalism: how are multi-national states responding to larger processes of societal and territorial rescaling?
Despite taking Belgium as the point of departure, this Section invites reflections from a wide range of multi-national and (quasi-)federal political systems. We encourage research that revisits institutionalist approaches and established assumptions about territorial politics through unusual cases, creative comparison, and innovative qualitative or mixed methodological approaches. The Section is organized as a workshop around two inter-connected lines of inquiry:
Rescaling political communities and identities: Federal polities have traditionally faced internal pressure from distinct, national communities within the state, but to this challenge we must now add the increasing socio-demographic and cultural changes that many Western democracies are undergoing at large. How are dynamics such as internal/external migration, linguistic convergence, cosmopolitanism, or transnationalism, altering established conceptions of community and the relation with the state, for example? What does this mean for the larger institutional categories, symbolic boundaries, the definition of minority, trans-regional or trans-national belonging? In a nutshell, how do federal institutions adapt (if they do) when the communities they formally represent become internally more diverse?
Changing the state: Generally speaking, federal states can be both incredibly dynamic and sensitive to change, and also slow to react or even prone to stagnation. This tension has often been pushed and shaped by the internal demands, from sub-state territories and communities, to accommodate or even reform existing structures to respond to their needs. What does this look like in an age of increasing policy scale shifts? How are contemporary global policy challenges (e.g., climate change, migration, economic transition in the age of AI) affecting the ‘traditional’ spatial scale of state governance? Are state reforms the way to go, or are there alternative configurations better suited to delocalized challenges?
The Section is preliminarily organized around these two axes of inquiry, but submissions broadening or deepening the scope through different angles are also very appreciated. Comparative or methodologically innovative contributions are particularly welcome. Papers can be submitted in French or English.
Coordination : Solveig Hennebert, Milena Younes-Linhart
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Historiquement l’antisémitisme a connu de nombreuses mutations depuis plus de 2000 ans, de l’antisémitisme chrétien aux racialisations de l’Inquisition espagnole et du 19ème siècle en Europe ayant débouché sur la Shoah pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, certains ont pu clamer que l'antisémitisme avait disparu, pourtant la continuité des violences et des idéologies antisémites a démontré le contraire. Aujourd’hui, dans un contexte de montée de l’extrême droite à travers le monde, certains partis politiques, héritiers idéologiques, du nazisme obtiennent de nombreuses victoires électorales, avec des positions antisémitismes plus ou moins explicites. Politiquement et médiatiquement, la définition de l’antisémitisme continue d’être discutée, et des partis pourtant opposés ne cessent de revendiquer de lutter contre. Les enquêtes de la Commission Consultative des Droits de l'Homme en France permettent de saisir la permanence de l'antisémitisme et des autres racismes. Par ailleurs, la crise sanitaire a contribué à révéler le poids des théories complotistes, qui, diffusées depuis de nombreux siècles, ne cessent pour autant d'être renouvelées en fonction du contexte et des crises contemporaines. Comment se reconfigure en pratique l'antisémitisme en fonction des contextes politiques contemporains et passés ? Quelle forme prend-il ? Quel est le poids rôle de l'antisémitisme dans les débats, controverses politiques et notamment dans les processus électoraux ? Comment les espaces militants se saisissent-ils (ou non) du sujet comme un enjeu de lutte, ou de compétition politique ? Dans le contexte international actuel, quel est le rôle de l'antisémitisme en tant que racisme et en tant qu'objet de lutte, dans les espaces politiques institutionnel, militants et associatifs, que dans le champs médiatique? Les comparaisons entre différents contextes nationaux permettront de saisir l'impact des contextes politiques sur l'expression de l'antisémitisme d'un point de vue idéologique et en pratique.
Sachant que les débats médiatico-politiques se font régulièrement sans les chercheurs spécialistes du sujet, cette section thématique propose justement de mettre leurs travaux au premier plan. Prendre comme objet de recherche les discours sur l'antisémitisme dans ces espaces, produire une analyse des débats politiques, ainsi qu'une réflexion théorique ancrée sur des terrains d’enquêtes variés nous semble fondamentale pour avancer dans la compréhension du phénomène. Les propositions pourront être basées sur des méthodes d’enquête quantitatives, qualitatives, mixtes, sur des discours, sur des données numériques ou archivistiques, comparatives ou centrées sur des contextes historiques ou géographiques spécifiques. Des communications étudiants la grammaire militante, le milieu associatif, les lieux de travail ou bien qui proposent une réflexion méthodologique sont bienvenues. A partir de ces travaux, il s'agira donc de saisir les persistances ainsi que les spécificités de l'antisémitisme contemporain et les éventuelles convergences à l'international dans les champs politique institutionnel, médiatique et militant.
Coordination : Pr. Paul Elvic BATCHOM, Dr. Louis Narcisse NGONO, Dr. Marie Thérèse ATHE ESSOMBA, Dr. Cyrille Bienvenu BEDIANG, Bruno MVE EBANG
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Depuis 2020, l'Afrique francophone est plongée dans un paradoxe démocratique. La multiplication des alternances qu’elle connait se traduit par un éffrittement de la démocratie substantive. En effet, à côté des alternances électorales classiques qu’on a pu observer au Sénégal et au Bénin en 2024 et 2026 respectivement, deux autres formes alternances se rependent de manière préoccupante, convonquant les vielles lunes antidémocratiques des années 1990 sur le continent. On peut dans une première mesure relever la recrudescence des alternances anticonstitutionnelles, à l’instar des coups d'État militaires au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Guinée, au Gabon et au Tchad. Dans une seconde mesure, les coups d'État constitutionnels qui s’opèrent par instrumentalisation du droit pour défaire l'État de droit deviennent un mode opératoire pour casser notamment les limitations des mandats ou pour façonner des ordres institutionnels et normatifs de connivence. Le résultat est quasiment le même quelque soit le cas de figure. La démocratie de façade s’entretient, les élections se tiennent, les constitutions et institutions se construisent et se déconstruisent, pendant que la démocratie est vidée de toute sa substance. Notre atelier se structure de ce fait, autour d’une hypothèse critique qui tend à montrer que la science politique sur le continent africain a très souvent apprécié la démocratie à l'aune de l'alternance et de la procédure, occultant ses résultats pour les couches sociales défavorisées. Ainsi, une alternance qui conduit au pouvoir une junte prédatrice sous une teinte populiste, à la place d’une élite prédatrice ou inversement, est-elle une avancée démocratique? Une continuité qui se traduit par l’amélioration des conditions de vie des populations est-elle moins démocratique? Nous proposons au regard de cette double interrogation de déplacer le curseur de l'évaluation de la démocratie en passant de la forme vers la substance. Nous nous appuyons de ce fait sur le triptyque: démocratie de façade, démocratie substantive, démocratie pro-pauvres et juste. L'objectif de cet atelier est de définir collégialement des critères opérationnels de substantivité. Autrement dit, il vise à proposer une grille d'appréciation de la démocratie non pas uniquement par un turnover des élites, mais par la justice distributive qui fait in fine de la démocratie pro-pauvres, une condition de stabilité et de développement.
Mots clés : démocratie pro-pauvres, démocratie substantive, alternances anticonstitutionnelles, coups d'État constitutionnels, développement, paix.
Coordination : Juliette Dupont, Farida Souiah
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Accords de réadmission, partenariats pour la mobilité, exemptions et facilitations de visas, accords de gestion concertée des flux migratoires, mémorandums d'entente avec des pays de transit : les dispositifs par lesquels les États négocient la circulation et l’installation des personnes se sont multipliés depuis ces dernières décennies. Les travaux en relations internationales s’en sont emparés et ont forgé, pour les analyser, un outil conceptuel spécifique. Introduit par Hélène Thiollet et développé par la suite par Fiona B. Adamson et Gerasimos Tsourapas, le concept de diplomatie migratoire renvoie à une double logique : d’un côté, la migration comme objet des relations internationales et de l’autre, la migration comme levier dans des négociations visant d’autres objectifs (concessions diplomatiques et politiques, soutien économique et financier, etc.). Bien que foisonnant et pertinent pour saisir la reconfiguration des relations inter-étatiques autour de la gestion des mobilités internationales, ce cadre conceptuel demeure fortement imprégné des approches réalistes. Les États y sont traités comme des acteurs unitaires et cohérents, dont les intérêts sont figés, déterminés par leurs positions respectives (sending state, transit state et destination state).
Si Thiollet avait dès l’origine introduit de multiples acteurs (étatiques et non-étatiques, publics et privés) dans sa définition, pour Adamson et Tsourapas, la diplomatie migratoire est principalement le fait des États ou des acteurs qui en partagent certaines caractéristiques (qu’ils qualifient de « state-like »), tels que l’Union européenne. Certains travaux reconnaissent que cette littérature néglige les acteurs infra-étatiques et privés. Pour remédier au nationalisme méthodologique et au stato-centrisme de cette littérature, cette section thématique propose de mener une réflexion collective pour analyser la diplomatie migratoire à partir d’une approche centrée sur la co-production des rapports de pouvoir, des institutions et des acteurs. L’enjeu est de saisir comment ces dynamiques structurent la fabrique d’une politique étrangère et migratoire, à l’intersection entre luttes nationales et relations internationales. Cette section thématique accueille des communications qui mobilisent le concept de diplomatie migratoire à travers des recherches qualitatives (entretiens semi-directifs, observations ethnographiques, analyses de discours et/ou d’archives, y compris diplomatiques). Nous invitons plus précisément des travaux qui s’inscrivent dans les questionnements suivants :
1) Qui fait la diplomatie migratoire ? Pratiques, discours et représentations. Cet axe vise à analyser le rôle d’acteurs infra-étatiques (diplomates, bureaucrates, administrations), non-étatiques (réseaux transnationaux, ONG, entreprises) mais aussi individuels (personnes migrantes) pour comprendre comment ils·elles co-produisent, subissent ou encore résistent aux normes de la diplomatie migratoire.
2) La diplomatie migratoire à l’intersection entre national et international : ce deuxième axe invite des travaux qui croisent la littérature sur la diplomatie migratoire avec des outils de la sociologie politique pour analyser comment des acteurs domestiques mettent à l’agenda, négocient, légitiment une politique migratoire étrangère, sous contraintes à la fois nationales et internationales.
3) Comment enquêter sur la diplomatie migratoire ? Ce dernier axe interroge les méthodologies employées pour étudier un objet de recherche marqué par l’opacité, en réfléchissant aux défis en termes d’accès aux acteurs, d’accès aux données, et de positionnalité.
Bibliographie indicative
Adamson, Fiona B., and Gerasimos Tsourapas. “Migration Diplomacy in World Politics.” International Studies Perspectives, no. 20 (2019): 113–28.
Hollifield, James F., Hélène Thiollet, and Catherine Wihtol de Wenden. “La politique des migrations internationales : un nouveau cadre d’analyse.” Hommes & Migrations (Paris) 1338, no. 3 (2022): 192–99. https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.14389.
Malit Jr., Froilan T., and Gerasimos Tsourapas. “Migration Diplomacy in the Gulf – Non-State Actors, Cross-Border Mobility, and the United Arab Emirates.” Journal of Ethnic and Migration Studies 47, no. 11 (2021): 2556–77. https://doi.org/10.1080/1369183X.2021.1878875.
Thiollet, Helene. “Migration as Diplomacy: Labor Migrants, Refugees, and Arab Regional Politics in the Oil-Rich Countries.” International Labor and Working-Class History, no. 79 (2011): 103–21.
Tolay, Juliette. “Interrogating and Broadening the Emerging Narrative on Migration Diplomacy: A Critical Assessment.” Millennium 51, no. 1 (2022): 354–75. https://doi.org/10.1177/03058298221139589.
Coordination : Erwan Sommerer, Olivier Ruchet
Écrire à l'ensemble de l'équipe de coordination
Cette section thématique se propose d’interroger la notion de pouvoir constituant au prisme des enjeux démocratiques contemporains. Loin de se réduire au domaine juridique, cette notion se situe à la croisée de la théorie politique, de l’histoire des idées et de l’analyse comparative. Elle suscite depuis les années 2010 un intérêt croissant dans la littérature scientifique du fait d’un certain nombre de processus constituants en Bolivie, en Tunisie ou au Chili. Elle apparait ainsi cruciale pour penser le lien entre souveraineté populaire, changement politique et participation citoyenne.
Cette réflexion pourra être structurée autour de trois axes.
Le premier concerne le lien entre la qualité démocratique d’un régime et la possibilité pour les citoyens d’en modifier les structures fondamentales. Le pouvoir constituant est ici pensé comme le moment privilégié de mise en œuvre de la souveraineté populaire. Issue des traditions révolutionnaires américaine (Paine et Jefferson) et française (Condorcet, Sieyès), cette idée a été reprise par Hannah Arendt puis dans les travaux d’Andreas Kalyvas ou Joel Colón-Ríos. On pense aussi au « pouvoir constituant des exclus » défini par Angélica Bernal, notamment en situation de ségrégation ou de transition post-coloniale, ou encore au « pouvoir constituant de niveau supérieur » proposé par Markus Patberg pour l’Union européenne.
Un second axe peut porter sur l’usage protecteur du pouvoir constituant en vue de préserver les droits et libertés fondamentaux. Ancrée dans la pensée de Machiavel et plus largement dans le courant du républicanisme civique, cette idée envisage le pouvoir constituant comme un contre-pouvoir et un mécanisme de résistance face aux abus de pouvoir, à la « corruption » des gouvernants et aux tentatives de renversement des institutions démocratiques. C’est le cas par exemple chez Camila Vergara avec son modèle de « constitution plébéienne ».
Enfin le troisième axe examinera la critique des usages anti-démocratiques du pouvoir constituant. Un courant contemporain met ainsi l’accent sur son instrumentalisation par des forces politiques « populistes » qui l’invoquent à des fins de démantèlement des institutions libérales. La figure du « président constituant » chez Bernal (en Amérique Latine comme aux Etats-Unis), l’idée d’inspiration rawlsienne de « souveraineté séquentielle » chez Alessandro Ferrara ou la notion de pouvoir constituant « post-souverain » chez Andrew Arato participent de la même méfiance : la stabilité démocratique peut impliquer de restreindre l’exercice d’un pouvoir jugé dangereux quand il sert à légitimer des réformes illibérales.
Chacun de ces axes soulève à sa manière plusieurs questionnements concrets : qui peut activer le pouvoir constituant et comment s’assurer de son caractère effectivement démocratique ? Au-delà du modèle de l’assemblée constituante, la littérature actuelle questionne les modalités de son activation – par les citoyens via le droit de pétition ou des mobilisations collectives – et son expression dans des logiques de démocratie participative ou directe. L’étude des propositions formulées pour le mettre en pratique, ainsi que des cas empiriques existants, apparait donc incontournable aux côtés d’une analyse plus théorique. Les propositions de communication sont à envoyer au plus tard le 15 janvier 2027. Elles pourront s’inscrire dans l’un des trois axes proposés (qui ne sont pas exclusifs) et dans l’ensemble des sous-disciplines de la science politique.
Bibliographie :
ARATO Andrew, Post-Sovereign Constitution Making: Learning and Legitimacy, Oxford: Oxford University Press, 2016.
ARENDT Hannah, On Revolution, New York: Viking Press, 1963. BERNAL Angélica María, Beyond Origins: Rethinking Founding in a Time of Constitutional Democracy, New York: Oxford University Press, 2017.
BERNAL Angélica María, « The Constituent President », In The Oxford Handbook of Constituent Power, Oxford: Oxford University Press, 2026, p. 639–650.
COLÓN-RÍOS Joel, Weak Constitutionalism: Democratic Legitimacy and the Question of Constituent Power, London/New York: Routledge, 2012.
COLÓN-RÍOS Joel, Constituent Power and the Law, Oxford: Oxford University Press, 2020.
FERRARA Alessandro, Sovereignty Across Generations: Constituent Power and Political Liberalism, Oxford: Oxford University Press, 2023.
KALYVAS Andreas, Democracy and the Politics of the Extraordinary: Max Weber, Carl Schmitt, and Hannah Arendt, Cambridge: Cambridge University Press, 2008.
NIESEN Peter, PATBERG Markus and RUBINELLI Lucia (dir.), The Oxford Handbook of Constituent Power, Oxford: Oxford University Press, 2026.
PATBERG Markus, Constituent Power in the European Union, Oxford: Oxford University Press, 2020.
VERGARA Camila, Systemic Corruption: Constitutional Ideas for an Anti-Oligarchic Republic, Princeton: Princeton University Press, 2020.
Coordination : Thibault Boughedada, Leny Patinaux
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L’inertie de l’action publique environnementale (Nicolas et al., 2023) l’empêche actuellement d’être à la hauteur des enjeux contemporains. Toutefois, l’ambition de décarboner l’économie s’accompagne également d’une multiplication de promesses techniques (Joly, 2010). Les politiques publiques de l’environnement, et en particulier les politiques de l’énergie-climat (Poupeau, 2023), font ainsi l’objet d’investissements économiques publics significatifs, dont la mise en œuvre bouscule les administrations spécialisées. Cette session thématique est consacrée à l’analyse de la production et de l’institutionnalisation des savoirs de gouvernement produits dans ce contexte, dans un croisement entre sociologie de l’État (Payre, Vanneuville, 2003 ; Bongrond, Gervais, Payre, 2013 ; Kaluszynski, Payre, 2013), sociologie de l’expertise (Jasanoff, 1998 ; Delmas, 2011) et sociologie des sciences et des techniques (Star, 1999 ; Pestre, 2014).
Structurée par les appels à projet (Cottin-Marx et al., 2025), les feuilles de routes et les études d’impact (Barral & Guillet, 2022), l’action publique environnementales repose sur une pluralité de savoirs élaborés au sein de différentes institutions. Ceux-ci reposent sur des données scientifiques, techniques et territoriales mais aussi sur une ingénierie juridique, procédurale et financière. Une part importante de cette expertise est en outre produite par des acteurs privés, notamment par des investisseurs qui participent à la co-construction des politiques publiques de l’environnement et bénéficie d’aides publiques à ce sujet pour leurs projets. Il importe également d’analyser la production de ces savoirs au regard des transformations contemporaines plus globales de l’action publique et de ses effets sur le travail des agents, notamment à travers la circulation de nouvelles normes, procédures et de formats standardisés (Hibou, 2013).
Ainsi, cette ST propose d’interroger la production des savoirs au cours de la mise en œuvre afin d’analyser dans quelle mesure et selon quelles modalités celle-ci contribue à expliquer les dynamiques d’inertie et de changement de l’action publique environnementale, mais aussi ses processus de bureaucratisation. Il s’agira notamment d’interroger la place de ces savoirs dans les négociations et les arbitrages entre les différents groupes d’acteurs publics (administrations européennes, centrales ou déconcentrées, agences d’Etat, etc.) ou privés (lobbys, cabinets de conseil, bureaux d’étude, associations et contre expert, etc.). Nous proposons d’explorer deux axes complémentaires qui permettront d’analyser les rapports de pouvoir qui se jouent dans ces processus.
Le premier axe porte la production et la stabilisation des savoirs de gouvernement au cours de la mise en œuvre des politiques environnementales. De nombreuses politiques font l’objet de mises en œuvre expérimentales par projets, qui donnent lieu à un intense travail de cadrage, de suivi et de reporting (Gayon, 2009). Il s’agira d’interroger comment ces opérations de standardisation des savoirs et des procédures contribuent à formaliser l’action publique environnementale, à stabiliser les problèmes et leurs modes de traitement, mais aussi à redéfinir les instruments de l’action publique environnementale.
Le second axe porte sur la circulation et les usages de ces savoirs au sein des réseaux de l’action publique environnementale. Il s’agira notamment d’étudier les processus de socialisation à ces savoirs, par exemple par l’étude des forums professionnels ou de formations, mais aussi les opérations de traduction, de sélection et de requalification auxquelles ils donnent lieu lorsqu’ils circulent entre administrations, agences, autorités de régulation, entreprises publiques et privées ou encore institutions européennes. L’enjeu sera notamment d’identifier les conditions dans lesquelles certains savoirs sont incorporés tandis que d’autres sont contestés, marginalisés ou confinés dans certains espaces.
Bibliographie
Barral, S. et Guillet, F. (2022). Temps de la nature, temps de la procédure. Conflit de temporalités dans le droit de l’environnement. Droit et société, 111(2), 305-318.
Bongrand, P., Gervais, J. et Payre, R. (2012). « Introduction. Les savoirs de gouvernement à la frontière entre « administration » et « politique » », Gouvernement et action publique, 1(4), 7-20.
Cottin-Marx, S., Epstein, R. et Jeannot, G. (2025). La banalisation des appels à projets : diffusion, professionnalisation, contestations. Revue française d'administration publique, 189(2), 295-313
Delmas, C. (2011). Sociologie politique de l’expertise. La Découverte.
Gayon, V. (2009). Un atelier d’écriture internationale : l’OCDE au travail. Éléments de sociologie de la forme « rapport », Sociologie du Travail, 51
Hibou, B. (2013). La bureaucratisation néolibérale. Paris, La Découverte.
Jasanoff, S. (1998). The Fifth Branch: Science Advisers as Policymakers, Cambridge, Harvard University Press.
Joly, P.-B. (2010). “On the economics of techno-scientific promises”, in Akrich M., Barthe Y., Muniesa F., Mustar P. (eds), Débordements : mélanges offerts à Michel Callon, Paris, Presses des Mines. p. 203-221.
Kaluszinski, M., Payre, R. (dir.) (2013). Savoirs de gouvernement. Circulation(s), traduction(s), réception(s), Paris, Economica.
Nicolas, F., Montrieux, G. et Bourad, A. (2023). La transition écologique à l’épreuve des sciences sociales du politique. Politix, 144(4), 9-35
Payre, R. et Vanneuville, R. (2003). « Les habits savants du politique. Des mises en forme savante du politique à la formation de sciences de gouvernement », Revue française de science politique, 53(2), 195-200.
Pestre, D. (2014). « Introduction. Du gouvernement du progrès technique et de ses effets » dans Pestre, D. (dir.), Le gouvernement des technosciences, Paris, La Découverte, p. 7-30.
Poupeau, F.-M. (2023). L’État en quête d’une stratégie énergie-climat, Paris, Presses des mines.
Star, S. L. (1999). The Ethnography of Infrastructure, American Behavioral Scientist, 43(3), 377-391.
Coordination : Fabien Tremblay, Amaël Maskens
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Au sein de la théorie démocratique, le terme d’ « innovations démocratiques » en est venu à désigner un large éventail de pratiques et de dispositifs institutionnels susceptibles de renouveler la forme et la légitimité des démocraties contemporaines. Celles-ci vont des assemblées citoyennes tirées au sort aux plateformes de délibération en ligne, en passant par les budgets participatifs et les mécanismes de co-construction des politiques publiques locales.
En dépit de leur diversité, ces innovations ont généralement pour point commun de se situer en marge du système électoral, qu’elles visent parfois explicitement à contourner (Vandamme, Pilet et Bedock, 2021). Ainsi, malgré la foisonnante littérature ayant émergé au cours des dernières décennies à leur sujet, peu d’attention a été accordée à réimaginer la forme que pourraient (et devraient) prendre les élections. Ces dernières sont pourtant au cœur de la distribution du pouvoir politique contemporain et peuvent également faire l’objet d’innovations porteuses sur le plan normatif.
Ainsi, quelles innovations seraient les plus aptes à améliorer l’élection? Cette section thématique invite toute contribution visant à examiner l’apport des innovations proprement électorales au renforcement des démocraties représentatives contemporaines. Les contributions répondant aux trois questions suivantes sont particulièrement bienvenues.
Premièrement, quels modes de scrutin ou méthodes de vote permettent de mieux mesurer et agréger les préférences des citoyens? S’il y a un consensus sur les faiblesses du scrutin pluralitaire uninominal (Powell, 2000 ; Laslier, 2012), pourtant encore largement répandu, les systèmes de vote alternatifs sont nombreux et vivement débattus. Existe-t-il des raisons impérieuses d’en privilégier certains?
Deuxièmement, comment amplifier le potentiel délibératif des campagnes électorales? La dimension délibérative de l’élection bénéficie aujourd’hui d’un regain d’intérêt (Afsahi, 2026). Les avenues sont toutefois multiples : Citizens’ Initiative Review (Gastil & Knobloch, 2020), l’idée d’une journée de délibération nationale (Ackerman & Fishkin, 2004), systèmes d’aide au vote (VAA), méthode de vote justifié (Vandamme, 2018), etc. Quelles alternatives offrent le meilleur potentiel sur la formation du jugement politique des votants, mais aussi sur la délibération publique entre les acteurs des campagnes électorales ?
Troisièmement, les élections sont fréquemment critiquées pour leurs biais élitistes et la faible agentivité qu’elles offrent aux citoyens (Landemore, 2020). Or, ces lacunes sont loin d’être insurmontables. Des innovations comme les mandats impératifs ou la révocation pourraient accroître le contrôle des citoyens sur leurs représentants ainsi que la redevabilité de ces derniers (Hayat, 2014 ; Leipold, 2024). De même, certains prônent les vertus inclusives de l’augmentation de la fréquence des votes et des élections (Elliott, 2023 ; Kalewold, 2025) ou de certaines méthodes de financement des partis politiques. Dès lors, comment rendre les élections plus inclusives et participatives pour la majorité des citoyens?
Nous accueillons les contributions provenant tant des sciences sociales que de la philosophie politique. Les contributions s’attardant aux limites normatives et contextuelles ainsi qu’aux leçons pouvant être tirées d’expériences passées sont les bienvenues, tout comme les contributions critiques du concept même d’innovation électorale.
Références
Ackerman, B., Fishkin, J. S. (2004). Deliberation Day. New Haven (CT): Yale University Press.
Afsahi, A. (2026). Deliberative Campaigns. Canadian Journal of Political Science/Revue Canadienne de Science Politique, 59(2), 408–432. https://doi.org/10.1017/S0008423925100887
Elliott, K. J. (2023). Democracy for Busy People. University of Chicago Press.
Gastil, J. & Felicetti, A. (2024). Designing a personal voting guide: A model for electoral deliberation online, The Information Society, DOI: 10.1080/01972243.2024.2399201
Gastil, J., Knobloch, K. R. (2020). Hope for democracy: How citizens can bring reason back into politics. New York: Oxford University Press.
Hayat, S. (2014). Quand la République était révolutionnaire: Citoyenneté et représentation en 1848. Seuil.
Kalewold, K. H., (2025) Every Day an Election Day, Free & Equal: A Journal of Ethics and Public Affairs 1(2). doi: https://doi.org/10.16995/fe.18068
Landemore, H. (2020). Open Democracy: Reinventing Popular Rule for the Twenty-First Century. Princeton University Press.
Laslier, J.-F. (2012). And the Loser Is… Plurality Voting. In D. S. Felsenthal, M. Machover (Eds.), Electoral Systems. Paradoxes, Assumptions, and Procedures (pp. 327-351). Berlin/Heidelberg: Springer-Verlag.
Leipold, B. (2024). Instructing our Representatives: An Argument in Favor of the Imperative Mandate. In Seeds For Democratic Futures. transcript Verlag. https://doi.org/10.1515/9783839469439-012
Powell, G. B. (2000). Elections as Instruments of Democracy: Majoritarian and Proportional Visions. Yale University Press. https://www.jstor.org/stable/j.ctt32bwg8
Vandamme, P.-E., Pilet, J.-B., & Bedock, C. (2021). Editorial: Improving, Bypassing or Overcoming Representation? Frontiers in Political Science, 3. https://doi.org/10.3389/fpos.2021.730903
Vandamme P-E. (2018). Voting secrecy and the right to justification. Constellations. 25, 388–405. https://doi.org/10.1111/1467-8675.12278
Coordination : Charles Corval, Chiara Maroccia
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Dans Digital Technology and Democratic Theory, Bernolz, Landemore et Reich (2021) diagnostiquent un « silence » des théoriciens de la démocratie sur les nouvelles technologies. Si plusieurs auteurs anglophones ont ouvert ce champ dès les années 1990 (Sclove, 1995 ; Feenberg, 1991 ; Higgs & Light, 2000), la théorie politique n’a que récemment investi la nouveauté technologique avec ses propres outils (Hoeksema, 2023 ; Aytac, 2024). Dans l’espace francophone, l’analyse normative des technologies reste surtout portée par la philosophie et les sciences humaines critiques, sans avoir encore suscité de réflexion collective et épistémologique en théorie politique.
La notion même de « nouvelles technologies » est problématique (Gitelman, 2006 ; Pollock, 2010 ; Stiegler, 2016 ; Bordage, 2016 & 2023). Deux tendances dominent. D’une part, la théorie politique institutionnelle anglophone mobilise les paradigmes classiques pour aborder les technologies (Risse, 2023). D’autre part, une tradition de philosophie politique interroge la transformation de la conceptualité dans un régime numérique (Stiegler, 1994 & 2018), notamment à travers la critique des subjectivités liées à une gouvernementalité algorithmique (Rouvroy & Stiegler, 2015 ; Alombert, 2023). Ces approches exigent de clarifier le passage des concepts politiques traditionnels au jugement des phénomènes contemporains, ainsi que les frontières de la théorie politique avec d’autres approches normatives.
Ces deux orientations produisent des renouvellements théoriques importants, mais soulèvent aussi une question disciplinaire : jusqu’où la théorie politique peut-elle emprunter aux approches normatives issues de l’économie, de la sociologie, du droit, des surveillance studies ou des science and technology studies ? Il s’agit d’expliciter ses méthodes, ses objets et ses critères de jugement propres.
L’objectif scientifique de cet appel est triple. Premièrement, il s’agit d’étudier l’application des méthodes et concepts classiques de la théorie politique aux enjeux technologiques, notamment des théories éthico-politiques et critiques (Spahn, 2020 ; Vallor, 2016 ; Hui, 2016 ; Vioulac, 2018 ; Alexandre et al., 2022). L’enjeu est d’analyser l’évolution interne de ces traditions, tout en accueillant les disciplines extérieures qui mobilisent leurs outils conceptuels.
Deuxièmement, il s’agit d’examiner le renouvellement des conceptualités de la théorie politique au contact des phénomènes technologiques (Verbeek, 2015 ; Keary, 2023 ; Ménissier, 2021). Ce renouvellement concerne des objets classiques comme l’État, la souveraineté et la démocratie (Bratton, 2016 ; Zuboff, 2019 ; Mitcham, 2022), mais aussi la redéfinition de l’autonomie, de l’agentivité et du cercle moral (Winner, 1977 ; Gunkel, 2012), ainsi que la critique d’une vision instrumentale de la technologie.
Enfin, comment saisir le phénomène technologique depuis la théorie politique ? À la croisée du descriptif et du normatif, ce troisième axe interroge le recours à des faits stylisés généraux (Panagia, 2021 ; Rodman, 2023), l’influence de la pensée technique et cybernétique sur la théorie politique (Lafontaine, 2004), et les conséquences de ces descriptions sur les constructions normatives (Verbeek, 2005 & 2011 ; Berg et al., 2022 ; von Schomberg, 2025).
Cette section thématique entend ainsi ouvrir ces débats conceptuels et proposer un panorama des approches francophones de la théorisation politique de la nouveauté technologique et de ses usages normatifs.
Coordination : Oscar Basnier, Sarah Creusot
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« L’innovation démocratique » s’est imposée en science politique comme une évidence constitutive du changement politique. Les assemblées citoyennes (Smith, 2009, 2018), les sondages délibératifs (Fishkin, 1995) ou les budgets participatifs (Wampler, 2010) entendent répondre aux crises contemporaines de la démocratie. La rhétorique de l’innovation véhicule une hypothèse implicite : une procédure serait d’autant plus légitime qu’elle est nouvelle – « si c’est nouveau, c’est bon » (Reber, 2017).
Cette section thématique propose de soumettre cette évidence à examen critique. Si l’effet de ces expérimentations est bien documenté (Goodin & Dryzek, 2006), leur capacité à résoudre les apories de la représentation – mal représentatif, déficit du contrôle des élus, défiance citoyenne – reste à interroger. D’autant que la tradition démocratique dispose d’un répertoire d’actions que l’injonction à l’innovation tend à oublier. La célébration de la nouveauté pourrait ainsi, paradoxalement, reproduire la marginalisation d’une mémoire « contre-démocratique » (Rosanvallon, 2006).
La proposition invite à interroger la faculté mnémonique des pratiques susceptibles de mettre au jour un « trésor perdu » de l’histoire démocratique (Arendt, 2013 [1963]). Questionner la mémoire de la démocratie revient à enquêter sur des formes politiques oubliées dont la réactivation pourrait répondre aux impasses présentes. La mémoire peut être envisagée comme une ressource de réinvention du politique, certains gestes pouvant constituer des « germes » pour le temps présent (Castoriadis, 1990).
Cette section entend favoriser un dialogue entre science politique et philosophie politique autour des enjeux suivants :
• Le rapport entre tradition et innovation : sur quels héritages démocratiques prennent appui les dispositifs de participation et de délibération ? Alors qu’il existe une lutte politique « autour de l’oubli et de ce qui doit être oublié » (Chollet, 2011), n'existe-t-il pas des traditions alternatives de démocratie qui remettent autrement en cause la démocratie représentative ? Conseils ouvriers, mandat impératif, révocabilité permanente ou autogouvernement : autant d’expériences pour penser les limites institutionnelles de la représentation. Dès lors, l’innovation démocratique mandatée « par le haut » (Courant, 2022) revient-elle à produire une illusion démocratique aux dépens des pratiques « par le bas » qui renouent avec des expériences plus radicales (Ross, 2023) ?
• La mémoire et la réflexivité : l’une des modalités cardinales de la démocratie est celle de sa réflexivité, qui suppose la capacité collective à revenir sur ses propres institutions. La mémoire devient alors une opération rendant pensable des voies perdues. Quels outils théoriques le chercheur en sciences politiques peut-il créer et/ou mobiliser afin de penser la dimension anachronique de la démocratie ?
• Le besoin d’une mémoire démocratique : la réinvention démocratique suppose-t-elle une mémoire commune clarifiant des possibles imaginables ? Une telle hypothèse pose une difficulté : faire de la mémoire une ressource de la démocratie peut verser dans un récit moniste, voire conservateur. L’enjeu semble alors moins de retrouver une tradition perdue que d’interroger les conditions dans lesquelles une société peut se souvenir démocratiquement.
Cette section thématique se veut interdisciplinaire, ouverte à des approches sociologiques, philosophiques, historiques et esthétiques afin de rendre compte du potentiel démocratique de l’inactuel.
Coordination : Muriel Sacco, Ferdinand Teuber
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Les crises et les transformations sociales, politiques, écologiques ou technologiques qui secouent nos sociétés de façon répétée et accélérée ne sont pas sans incidence sur la production des savoirs scientifiques. Si elles sont un terreau fertile pour explorer de nouveaux terrains d’enquête pour la science politique afin d’analyser de nouvelles formes du politique, ces déplacements empiriques engendrent également des adaptations des méthodes scientifiques. Certaines thématiques deviennent plus accessibles, alors que d’autres font l’objet d’une conflictualisation.
Outre l’exploration de nouveaux terrains d’enquête et de nouvelles thématiques, le développement technologique engendre des nouvelles manières de collecter et d’analyser les données, allant même jusqu’à proposer des analyses détaillées de ces données. Elles recèlent ainsi une possibilité de reconfigurer la place de la chercheuse et du chercheur dans le processus de fabrication des analyses scientifiques.
Cette section thématique du GT Méthodes propose d’examiner les effets de ces crises et transformations selon trois axes
- Comment les crises et les transformations politiques sociales, écologiques ou technologiques obligent les chercheurs à changer de posture ? au cours des dernières décennies, les sciences ont perdu de leur autorité dans les sociétés contemporaines (Beck, 1985). Ainsi, les savoirs scientifiques sont de plus en plus souvent contestés et les controverses scientifiques sont souvent mal reçues dans la conversation publique. La défiance à l’égard des scientifiques est socialement plus légitime. Ainsi, certains terrains d’enquête sont devenus sensibles ou plus difficiles d’accès. Quelles sont les conséquences de cette perte d’autorité dans le choix des objets de recherche, les relations avec les enquêté.e.s ou encore la présentation des recherches scientifiques.
- Comment les crises et transformations sociales, politiques, écologiques et technologiques contribuent au renouvellement des outils de la recherche ? L’émergence des réseaux sociaux, de l’IA, des logiciels de téléconférence, etc. ont fait irruption dans notre quotidien, mais ils sont de nouveaux outils au service de la collecte et de l’analyse des données. Quels outils pour quels publics et quel objet de recherche? Quel est leur impact sur le statut des données et leur traitement ?
- Si la recherche scientifique fait l’objet d’une défiance alimentée par des courants obscurantistes ou complotistes, certaines critiques exprimées (position de surplomb de certaines manières de faire de la recherche, prétention au monopole de la production de la vérité, mépris des savoirs profanes, invisibilisation de groupes sociaux, occidentalo-centrisme, …), quelles adaptations méthodologiques ont été opérées pour intégrer ces critiques (Laurent et Francisco, 2026)? L’utilité sociale des sciences humaines et sociales doit être de plus en plus démontrée, comment cette démonstration de l’utilité sociale influence les objets et méthodes de recherche en science politique ?
Les propositions attendues pour cette section thématique devront être fondées sur des recherches en cours ou passées.
Beck, Ulrick, 1985, La société du risque. Sur la voie d’une autre modernité, Paris, Aubier
Glavas, Dejan, « L’IA va-t-elle mettre fin à la recherche en sciences sociales », The Conversation, le 4 mai 2026, disponible sur https://theconversation.com/lintelligence-artificielle-va-t-elle-mettre-fin-a-la-recherche-en-sciences-sociales-281380
Laurent, Victoria Et Francisco, David, 2026, « L’IA au service de la recherche généalogique au sein des bases de données de presse entre enjeux algorithmiques et épistémologiques : le cas de RetroNews et de France, noms et histoires dans les journaux », Documentation et bibliothèques, 2026/2 Vol. 72, p.62-70.
Coordination : Fanovozantsoa ANDRIAMANANA, Muriel SACCO
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Depuis plusieurs années, et de façon aiguë durant l’été 2026 – marqué par des vagues de canicule et de feux de forêt de forte intensité en Europe –, les crises climatiques et les destructions écologiques s’accompagnent paradoxalement d’une contestation croissante des politiques environnementales et de leurs promoteurs.ices, un phénomène que la littérature désigne comme « backlash écologique » (Rowell, 1996; Bosetti et al., 2025; Loisel & Rio, 2025; Patterson et al., 2026) et d’une criminalisation des mobilisations écologistes. Mené par des coalitions composées de personnalités politiques et publiques, de médias, de lobbys ou encore d’institutions étatiques (Teulières et al., 2025), ce backlash antiécologique se manifeste par la remise en cause des dispositifs de régulation environnementale, la délégitimation et la judiciarisation des mobilisations climatiques et écologistes, la polarisation du débat public autour des enjeux écologiques, ou encore la reconfiguration des priorités politiques au détriment des questions environnementales.
Cette section thématique propose d’interroger ce phénomène moins comme un blocage institutionnel et structurel de l’action climatique et écologique (Teulières et al., 2025), mais plutôt comme un révélateur, voire un vecteur, de transformation de l’écologie politique elle-même. Reprenant l’observation selon laquelle le backlash peut aussi bien repolitiser que dépolitiser l’action publique (Patterson et al., 2026), encourager ou décourager les mobilisations collectives, nous posons la question suivante : dans quelle mesure le backlash écologique permet-il, en retour, de réimaginer les cadres d’analyses, les stratégies d’action et les formes d’engagement de l’écologie politique ? Comment les acteur.ices de l’écologie politique (mouvements sociaux, partis, institutions, chercheur.euses) réagissent-ils à cette contestation, et quelles reconfigurations en résultent ?
Trois axes structureront cette section thématique.
Idées politiques. Cet axe examine les transformations des cadres normatifs et discursifs de l’écologie politique face au backlash antiécologique : évolution des récits sur la transition écologique, repositionnement des partis politiques, des mouvements sociaux, des ONG, des collectifs militants et des activistes sur les enjeux environnementaux et écologiques, émergence des contre-discours (climato-sceptisme, éco populisme de droite), ou au contraire renouvellement des idéologies écologistes (décroissance, écologie sociale, justice climatique) en réponse à la contestation.
Actions publiques et politiques publiques. Cet axe s’intéresse aux effets du backlash sur la mise en œuvre des politiques environnementales : déconstruction ou ralentissement des régulations (« policy dismantling », Bauer et al. (2013)), résistances administratives et institutionnelles, mais aussi stratégies de résilience ou de contournement développées par les acteurs.ices publics engagé.es dans la transition écologique (changements d’appellation, recherche de nouvelles convergences et/ou alliance, actions en coulisse, recherche de nouvelles pistes d’action, organisation du fuitage,…) à différentes échelles de gouvernance.
Engagement et participation politique. Cet axe explore les répercussions de la crise climatique et du backlash sur les formes de mobilisation et d’engagement citoyen : reconfiguration des répertoires d’action militante, tensions entre radicalisation et institutionnalisation des mouvements écologistes, désengagement ou au contraire remobilisation face à la contestation, et le rôle des dynamiques intergénérationnelles dans ces reconfigurations, dans un contexte où la question démocratique elle-même est repensée à l’aune de l’écologie (Bourg & Whiteside, 2010).
En croisant ces trois axes, cette section entend contribuer aux réflexions du congrès sur les transformations, les menaces et les renouveaux du politique, en montrant comment un phénomène de contestation peut aussi devenir un espace pour réimaginer l’écologie politique.
Les propositions de communication attendues devront reposer sur des enquêtes empiriques en cours. D’une longueur de 300 mots maximum, elles comporteront un titre, une question de recherche, un cadre théorique, une méthodologie, et une inscription dans l’un des 3 axes identifiés. Ces propositions seront envoyées à fanovozantsoa.andriamanana@uclouvain.be et Muriel.Sacco@ulb.be
Références :
Bauer, E. by M. W., Jordan, A., Green-Pedersen, C., & Heritier, A. (Eds.). (2013). Dismantling Public Policy: Preferences, Strategies, and Effects. Oxford University Press.
Bosetti, V., Colantone, I., Vries, C. E. D., & Musto, G. (2025). Green Backlash and Right-Wing Populism. GREEN Working Papers, GREEN Working Papers, Article 26. https://ideas.repec.org//p/bcu/greewp/greenwp26.html
Bourg, D., & Whiteside, K. H. (2010). Vers une démocratie écologique: Le citoyen, le savant et le politique. Seuil.
Loisel, M., & Rio, N. (2025). Le backlash écologique qui vient:Réflexions sur les municipales 2026. Futuribles, 468(5), 45–54. https://doi.org/10.3917/futur.468.0045
Patterson, J., Kaiser, C., Logg-Scarvell, J., & Anisimova, K. (2026). Climate policy backlash: Taming an unruly concept? Journal of Environmental Policy & Planning, 28(2), 197–224. https://doi.org/10.1080/1523908X.2026.2628706
Rowell, A. (1996). Green backlash: Global subversion of the environmental movement. Routledge.
Teulières, L., Hagimont, S., & Hupé, J.-M. (Eds) (2025). Greenbacklash. Qui veut la peau de l’écologie?, Paris, Seuil, « Ecocène ».
Coordination : Emilien Paulis, David Talukder
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Contexte et justification
Au cours des trois dernières décennies, de nombreuses réflexion ont été menées quant à la manière de gouverner et ont donné naissance à la mise en place d’innovations démocratiques à travers le monde. Les assemblées citoyennes, les budgets participatifs et la participation numérique, autrefois expérimentations non conventionnelles, redéfinissent désormais la manière dont la politique est pratiquée à tous les niveaux de gouvernance
En francophonie, la Belgique a été pionnière en matière de démocratie délibérative, institutionnalisant des assemblées citoyennes tant au niveau local (Vrydagh et al. 2021) qu'au niveau régional (Niessen et Reuchamps 2022), tandis que le Luxembourg dispose de l'un des systèmes de pétition numérique les plus actifs et efficaces d'Europe (Kies 2019) et expérimente de nouveaux formats participatifs tant au niveau local que national (Kies et al. 2024). À la suite de sa première expérience délibérative nationale en 2022 (Paulis et al. 2024), le gouvernement a même annoncé la mise en place d'un organe délibératif permanent pour la législature en cours. La France, avec sa convention nationale pour le climat, a également réalisé une étape importante dans la mise en place d’innovations démocratiques. Le Canada, a mis en place l’Assemblée citoyenne sur la réforme électorale en Colombie Britannique, l’une des premières assemblées dans le monde avec de nombreuses expériences récentes au Québec. La Suisse, très active sur le plan des référendums, a récemment mis en place de nombreuses assemblées citoyennes au niveau local.
Ces trajectoires ont suscité une attention académique croissante. Sous le terme générique d'innovations démocratiques, une recherche interdisciplinaire a théorisé et analysé la manière dont ces mécanismes pourraient combler le fossé de confiance entre citoyens et représentants élus, revitaliser l'engagement politique et adapter la démocratie aux mutations technologiques et sociales.
Prises ensemble, ces évolutions soulèvent des questions fondamentales sur la conception, l'évolution et l'institutionnalisation des innovations démocratiques des questions qui résonnent bien au-delà de la francophonie.
Thématiques et portée
Cette section invite des contributions qui examinent de manière critique les innovations démocratiques en francophonie, en se concentrant sur leurs trajectoires, leurs conceptions, leurs impacts et leurs perspectives d'avenir. Nous accueillons aussi bien des travaux théoriques qu'empiriques, mobilisant des approches qualitatives, quantitatives ou mixtes.
Les thématiques possibles incluent (sans s'y limiter) :
• L'évolution des innovations démocratiques dans un ou plusieurs pays de la francophonie.
• Les processus, les conceptions et l'ancrage institutionnel des innovations (par exemple, assemblées citoyennes, référendums, budgets participatifs, initiatives citoyennes, participation numérique).
• Le rôle des partis politiques, de la société civile et des citoyens dans la promotion, la mise en forme ou la contestation de l'innovation démocratique.
• Les conditions politiques, culturelles et sociales qui facilitent ou limitent le développement, la qualité ou l'impact des innovations.
• Les impacts des innovations démocratiques sur la démocratie, notamment sur l'élaboration des politiques publiques, la légitimité, la représentation, la confiance ou l'engagement.
• Les perspectives d'institutionnalisation, de résilience et de transférabilité entre contextes.
Nous encourageons également des contributions sur des cas non-francophones éclairant des tendances plus larges de renouveau démocratique. Les études longitudinales sont également les bienvenues.
Coordination : Aline Daillère, Charlotte Thomas-Hébert
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Les recherches portant sur les institutions répressives – police, justice pénale, administration pénitentiaire – engagent des enjeux démocratiques majeurs. Or, elles se heurtent à des obstacles qui posent des défis éthiques, méthodologiques et épistémologiques aux chercheur·es. En Belgique, les travaux sur le profilage ethnique de la police se sont trouvés confrontés à l’insuffisance, voire à l’absence de données étatiques, obligeant les enquêteur·ices à trouver des alternatives pour les produire . En France, c’est en déployant des dispositifs d’enquête inventifs qu’ont pu être étudiées les pratiques de contrôles d’identité (Jobard et al. 2012), de verbalisation (Daillère 2025) ou d’usage mortel de la force policière (Le Derff 2026).
Pourtant, malgré le nombre et la scientificité de ces enquêtes, les autorités en contestent régulièrement la validité, voire menacent les chercheur·es de poursuites en diffamation. Elles produisent ainsi du silence et de l’ignorance – force du « pouvoir épistémique » de la police – et discréditent les résultats des recherches académiques en les accusant de partialité et de militantisme. Loin de s’appliquer seulement à la police, ces résistances s’étendent plus largement aux institutions répressives.
Au-delà des réflexions consacrées à l'éthique des terrains sensibles, cette section thématique part de ces menaces pour interroger ce que les conditions de production font à la recherche qui prend les institutions répressives pour objet. Elle porte sur les institutions étatiques disposant d'une autorité légale pour contraindre et faire usage de la force (police, prison). Les propositions portant sur les hospitalisations sous contrainte ou les forces armées sont également bienvenues.
Nous encourageons les propositions venant de tout l’espace francophone, afin de comparer les menaces, opportunités et contraintes pesant sur la recherche selon les contextes nationaux. Cette ST sera également l'occasion de mettre en dialogue les approches qualitatives, quantitatives et les méthodes mixtes, dont les ressources méthodologiques se déploient souvent en articulation face aux obstacles propres à ces terrains.
La ST s’articule autour de deux axes :
1. L’accès aux données. Cet axe méthodologique analyse les obstacles entravant l'accès aux données sur les institutions répressives, l’inventivité et l’adaptation qu'ils imposent aux chercheur·es, au prix parfois de risques, et ce qu'ils obligent à repenser dans la recherche. Au-delà des méthodes déployées, il invite à une réflexivité sur l'éthique et la positionnalité des enquêtes.
2. Diffusion et réception des recherches. Cet axe interroge d'abord ce que le manque d'accès fait aux savoirs produits : quelles formes de connaissances — et d'ignorance — en résultent ? Que révèlent les verrous juridiques et politiques sur la nature même des institutions étudiées ? Quelle est la portée (ou l'absence d'effet) de ces recherches sur l'action publique ? Il examine ensuite les risques que la résistance étatique au « projet de connaître » fait peser sur le champ académique : atteintes aux libertés académiques et à l'indépendance de la recherche, poursuites judiciaires, censure et auto-censure, effets biographiques, etc.
Les propositions sont à envoyer au plus tard le vendredi 15 janvier 2027à Aline Daillère (daillere.aline@gmail.com) et Charlotte Thomas-Hébert (charlotte.thomas@uclouvain.be). Elles ne devront pas excéder 3000 signes (espaces compris, hors bibliographie) et devront comporter les éléments suivants : le titre et la proposition de communication, l’axe dans lesquels s’inscrit la communication, une présentation des matériaux empiriques et de la démarche méthodologique, ainsi que le statut et l’institution de rattachement.
Bibliographie :
Amnesty International Belgique. 2018. « On ne sait jamais avec des gens comme vous » : Politiques policières du profilage ethnique en Belgique, Bruxelles. Amnesty International Belgique.
Boutros, Magda. 2024. « The epistemic power of the police », Theoretical Criminology, vol. 28, no 4 : 495‑515.
Daillère, Aline. 2025. « Multiverbalisés. Étudier le pouvoir discrétionnaire policier depuis la perspective de ceux sur qui il s’applique », inLe pouvoir discrétionnaire en pratiques (Dir : Lendaro A.), LGDJ.
Jobard, Fabien, René Lévy, John Lamberth et Sophie Névanen. 2012. « Mesurer les discriminations selon l’apparence : une analyse des contrôles d’identité à Paris », Population, Vol. 67, no 3 : 423‑451.
Le Derff, Paul. 2026. « Qui la police tue-t-elle ? Origine migratoire des victimes d’interventions policières mortelles en France », Déviance et Société, vol. 50, no 1 : 35‑65.
Van Praet, Sarah. 2020. Identifier et affronter des problèmes et abus dans la sélectivité policière. Une recherche-action sur les pratiques et/ou mécanismes problématiques de sélectivité policière au sein de la zone de police schaerbeek-Evere-Saint-Josse (PolBruNO), Brussel. Institut National de Criminalistique et de Criminologie, INCC/NICC.
Coordination : Sylvie Lembe, Guillaume Bagayoko, Hayatou Balkissou
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Cette section thématique se propose d’examiner l’impact des profondes mutations politiques observées dans trois Etats du Sahel (le Burkina Faso, le Mali et le Niger) sur les stratégies de maintien de la puissance des démocraties traditionnelles occidentales en Afrique Sub-saharienne. En effet, dans un contexte international marqué par une montée des incertitudes, des rivalités géopolitiques et par l’affirmation croissante de puissances extra-occidentales qu’il s’agisse de la Chine et de l’Inde en Asie, de la Turquie, des Émirats arabes unis ou de l’Iran au Moyen-Orient, ou encore de la Fédération de Russie, l’Afrique, continent structurellement vulnérable, connaît un mouvement de remise en cause des démocraties occidentales traditionnelles. C’est le cas du Burkina Faso, du Mali et du Niger, États francophones et enclavés de la bande sahélienne occidentale. Leur rejet de la France, mais aussi des Etats-Unis et de l’UE illustrent de manière particulièrement éloquente cette dynamique de rupture. En effet, en quête d’une souveraineté pleinement assumée, ces pays, longtemps considérés comme acquis à la cause de la France, ont entrepris depuis le début des années 2020 une redéfinition profonde des modalités de leur autonomie politique, économique et culturelle. Ainsi, ils se sont engagés dans une rupture diplomatique, politique, sécuritaire et économique non seulement avec la France, mais également avec d’autres puissances occidentales, au premier rang desquelles les États-Unis. L’un des signes les plus emblématiques de cette recomposition géopolitique est la fin progressive des interventions militaires occidentales au Sahel. Le retrait, à la demande du Mali, des contingents de la MINUSMA le 30 juin 2023, a constitué une première étape majeure de cet rejet des démocraties occidentales traditionnelles. Il a été suivi, en 2024, par la cessation de la présence militaire française au Burkina Faso puis au Niger, ainsi que par la décision des autorités nigériennes, en avril 2024, de mettre un terme à leur coopération sécuritaire avec les États-Unis. La création, le 16 septembre 2023, de l’Alliance des États du Sahel (AES) a parachevé cette rupture, en instituant un cadre inédit de solidarité politique et stratégique entre les trois Etats. À l’origine de ce basculement, les gouvernements sahéliens dénoncent un positionnement jugé à géométrie variable des démocraties occidentales à l’égard des régimes africains, ainsi que les effets néfastes du franc CFA, perçu comme un instrument néocolonial. Ils critiquent également une politique d’aide au développement qualifiée de paternaliste et l’exploitation systématique des ressources naturelles africaines par des multinationales occidentales, dont les activités contribuent à la dégradation des écosystèmes. Dans ce contexte, les manifestations anti-occidentales observées à Niamey, Dakar, Bamako, Ouagadougou (ou Kinshasa en Afrique centrale) témoignent d’une défiance croissante. Dès lors, une question centrale se pose : quelles conséquences ce rejet entraîne-t-il pour la France, les États-Unis et l’Union européenne, et dans quelle mesure les transformations politiques du Sahel fragilisent-elles l’influence occidentale au Sahel dans un système international désormais multipolaire ?
Coordination : Eleftheris Vigne, Sebastian Santander, Vincent Bricart
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Le retour de la compétition entre grandes puissances place un nombre croissant d’États devant une injonction à choisir leur camp. Rivalité sino-américaine, réaffirmation russe, activisme de puissances émergentes ou régionales : les pressions à l'alignement se multiplient, et avec elles les tentatives d’y échapper. Ces États sous pression ne sont pas simplement les objets ou les terrains de ces rivalités, mais déploient aussi des stratégies élaborées pour préserver leur autonomie ou convertir la rivalité en ressources.
La section propose ainsi d'analyser ces stratégies pour elles-mêmes, en déplaçant le regard des grandes puissances vers les États qui composent avec elles. Elle entend notamment mettre en dialogue des travaux consacrés à l’alignement, au non-alignement, au hedging, au multi-alignement, au poly-alignement, à l’autonomie stratégique ou encore à différentes formes de balancing (soft balancing, omnibalancing). La multiplication de ces concepts témoigne d’un intérêt renouvelé pour les comportements stratégiques des États de moindre puissance, mais soulève également des difficultés de conceptualisation et de comparaison. Dans quelle mesure désignent-ils des stratégies distinctes ? Quelles dimensions du comportement extérieur permettent de les différencier empiriquement ? Dans quelle mesure des concepts élaborés à partir de certains terrains sont-ils transposables à d’autres contextes ?
La section s’intéressera également aux déterminants de ces stratégies. Comment articuler les contraintes issues de la structure du système international, des rapports de puissance et des dépendances économiques ou sécuritaires avec la capacité d’action propre des États ? Pourquoi des États confrontés à des pressions et incitations systémiques apparemment similaires adoptent-ils des positionnements différents ? Quel rôle jouent les capacités matérielles, la configuration régionale, les relations économiques, les institutions politiques, les préférences des dirigeants, les héritages historiques ou les perceptions des élites dans la définition de ces choix ?
Une attention particulière sera accordée à la capacité des États dits « faibles », « petits », « moyens » ou « secondaires » à exploiter la concurrence entre partenaires extérieurs afin d’accroître leur autonomie, leurs ressources ou leur pouvoir de négociation. La section invite ainsi à dépasser l’opposition entre une lecture déterministe des rapports asymétriques et une conception parfois trop indéterminée de l’agency, afin d’identifier les conditions dans lesquelles des marges de manœuvre peuvent effectivement émerger.
Les études portant sur l’Afrique subsaharienne et l’Amérique latine seront particulièrement encouragées, tout comme les comparaisons avec l’Asie, le Moyen-Orient, l’Europe orientale ou d’autres espaces confrontés aux rivalités de puissance. Études de cas, comparaisons, contributions théoriques et méthodologiques sont bienvenues, qu'elles relèvent de l'analyse de politique étrangère, de l'économie politique internationale, des études de sécurité ou de la sociologie des relations internationales. L'ambition est de réunir des chercheurs confrontés à des questions communes sur les pratiques contemporaines de positionnement stratégique et, plus largement, sur la capacité des États de moindre puissance à agir dans un ordre international en recomposition.
Coordination : Pierre BAGHDAD, Benjamin RIVIALE, Nicolas SIMONPOLI
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Alors que les systèmes occidentaux de régulation du social de l’après-guerre, marqués par l’affirmation de la démocratie libérale et du Welfare State, sont de plus en plus mis en cause par la montée des autoritarismes, de l’idéologie ordolibérale et des multiples crises – écologique, politique, identitaire et économique, cette section thématique propose de s’intéresser au rôle du syndicalisme face à ces recompositions. En contrepoint d’une approche centrée sur le mouvement social, largement mobilisée dans la littérature, elle propose d’examiner l’action syndicale sous l’angle des militants professionnalisés qui représentent les travailleurs, au quotidien, au sein des différentes institutions de nos systèmes démocratiques.
Un premier axe proposera d’étudier les liens entre les syndicats et une série d’institutions connexes et concurrentes. Le syndicalisme sera ici appréhendé comme l’un des piliers de la société inscrit dans des relations d’interdépendance avec d’autres institutions sociales. Il s’agira alors de penser, à l’aune des recompositions contemporaines, les relations – conflictuelles, de coopération, d’entente, de domination, de négociation, etc. – entre les syndicats et l’État, les liens avec les partis politiques ou encore les organisations patronales. Cet axe sera également attentif à penser les transformations du syndicalisme en lien avec celles d’institutions a priori éloignées, telle l’école ou l’église, institutions de production de savoirs, de croyances et de rapports au monde social, elles-aussi en recomposition. Ce désencastrement de l’objet syndical pourra contribuer à définir et identifier des formes renouvelées de pilarisation de la société. Des propositions de communication à visée comparative et systémique seront appréciées notamment en jouant sur les différentes échelles de développement du syndicalisme et en prenant en compte l’enjeu de la régionalisation et de l’internationalisation des relations entre les institutions.
Un second axe s’attachera à suivre au plus près les syndicalistes et leurs trajectoires afin d’analyser finement les recompositions de la professionnalisation du syndicalisme. En valorisant des approches de sociobiographies individuelles ou collectives, voire prosopographiques, cet axe se propose d’illustrer les modalités nouvelles de la professionnalisation. Il s’agira de s’intéresser aux transformations des carrières syndicales, au renouvellement des voies d’accès aux postes de direction, à la redéfinition des contours des mandats syndicaux, au rapport à la carrière syndicale, etc. Des perspectives historiques sur les processus ayant abouti à ces transformations seront les bienvenues. Cette approche par les trajectoires bénéficiera également d’une perspective sur la multi-positionnalité des syndicalistes dans plusieurs espaces sociaux.
Enfin, un troisième et dernier axe se concentrera sur l’étude du rapport entre les syndicalistes et le champ du pouvoir. Cet axe s’attachera à identifier les effets de l’émergence d’une élite syndicale et à analyser ses relations avec les élites d’autres espaces sociaux. Les communications articulant empirie et propositions théoriques, échelle individuelle et macrosociologique seront les bienvenues afin d’interroger aussi bien les modalités de contestation des contours et des équilibres du champ du pouvoir, que les modalités d’intégration mises en œuvre par les syndicalistes. Un intérêt porté à la question de la représentation syndicale et à son monopole au sein du champ sera particulièrement apprécié.
Coordination : Guillaume Cornu, Franck Duchesne, Christophe Le Digol
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Un acte en actes. Regards politistes sur les nominations
S’il semble naturel que les élections constituent un objet d’étude privilégié pour les politistes, le même constat ne s’applique pas aux nominations. La distribution sociale des trois principaux modes de désignation à des fonctions étatiques a engendré une distribution disciplinaire de leur étude : à la sociologie (de l’éducation en particulier) l’étude du concours ; à la science politique l’étude des élections ; aux sciences administratives et au droit l’étude des nominations. Cette dernière discipline a longtemps exercé un monopole sur leur interprétation en mesurant les écarts entre la lettre de la loi et son application, ou entre compétence et pouvoir de nomination (Sponchiado, 2015). Du côté des sciences administratives et de la science politique, l’acte de nomination est rarement étudié en tant que tel. Ces disciplines questionnent son usage a posteriori pour mesurer le degré de patronage et de clientélisme d’un gouvernement (Kopecky, Mair, 2012 ; Müller, 2012). Ces approches charrient souvent un point de vue normatif et un biais d’analyse fonctionnaliste vis-à-vis de leur objet : il est aisément postulé que chaque nomination gouvernementale suit une stratégie de contrôle de l’administration contribuant à la « politiser ».
La section thématique proposée a pour objet de restituer toute sa complexité à cette opération en rendant compte de son institutionnalisation et de ses pratiques, c’est-à-dire en proposant une analyse des procédures et des désignations en train de se faire, de manière processuelle. Cette proposition s’appuie sur des relectures récentes de l’acte de nomination qui en éloignent l’analyse de l’enjeu de ses effets sur l’action publique ou le contrôle politique de l’administration (Kolopp, 2023 ; Kolopp & Fulla, 2023 ; Cohen, 2023 ; Eymeri-Douzans, 2014), afin de consolider une connaissance proprement sociologique de cet acte d'État central dans la distribution des fonctions publiques.
Dans cette logique, les propositions de communication pourront s’inscrire dans deux axes différents :
1. Le premier, d’inspiration sociohistorique, invite les contributions étudiant l’institutionnalisation des procédures de nomination. Un vaste terrain de recherche reste à défricher pour comprendre ce que cet acte d’État doit à son histoire empreinte de conflits qui en ont renouvelé historiquement les formes. Le temps long sera privilégié : du processus de différenciation de la nomination vis-à-vis du concours et de l’élection à la fin du XVIIIe siècle (Le Digol, 2023) aux réformes néo-managériales contemporaines.
2. La seconde perspective s’attache à restituer les actes de nomination en situation, c’est-à-dire les luttes, les coopérations, le travail relationnel et les transactions préalables à la nomination d’un ou de plusieurs individus. Ce panel entend aussi prendre acte du fait que les nominations sont des rites d’institution (Bourdieu, 1989) : elles font et consacrent simultanément le statut du désigné. Les contributions pourront s’intéresser à la production élargie de leur statut : les chaînes symboliques de garantie, l’ensemble des acteurs et institutions impliqués dans la production du sens d’une nomination. Dans cette perspective, les propositions de communication pourront éclairer réflexivement les travaux portant sur le patronage politico-administratif, en montrant comment la “politisation” de l’administration (Monier, 2025) ou son “contrôle” par des actes de nomination sont collectivement et historiquement construits.
Les propositions étudiant les nominations situées aux frontières de l’administration et de la politique seront particulièrement appréciées, sans pour autant que leur étendue ne se limite à un gouvernement national (collectivités territoriales, institutions supranationales ou internationales, etc.).
Les propositions de communication (entre 3000 et 5000 signes) devront comporter une bibliographie indicative, préciser l’approche suivie et l’enquête empirique sur laquelle elle s’appuie.
Bibliographie indicative
BOURDIEU Pierre, 1989, La noblesse d’État. Grandes écoles et esprit de corps, Paris, Editions de Minuit.
COHEN Antonin, 2023, « Un acte de nomination ordinaire. Lagrange, du Conseil d’État à la Cour de justice », Civitas Europa, 50 (1), 2023, p. 85-99.
EYMERI-DOUZANS Jean-Michel, 2014, « Les bons endroits, les bons moments, les bons amis. Remarques sur les carrières des énarques de nos ministères », dans L'État, le droit, le politique. Mélanges en l'honneur de Jean-Claude Colliard, Dalloz, Paris.
KOLOPP Sarah, 2023, « Au-delà du “carnet d’adresses”. Courtiser, rendre service et faire carrière : un inspecteur des finances aux sommets de l’État », Genèses, 130 (1), 2023, p.57-79.
KOLOPP Sarah, FULLA Mathieu, 2023, « Changer les hommes pour changer la vie ? Contribution à une sociologie politique des nominations : l’exemple des banques nationalisées en 1982 », Revue française de science politique, 73 (3), p. 421-447.
KOPECKY Petr, MAIR Peter, 2012, « Patry Patronage as an Organizational Resource », dans Petr Kopecky, Peter Mair, Spirova Maria, (dir.), Party Patronage and Party Government in European Democracies, Oxford, Oxford University Press, p. 3-16.
LE DIGOL Christophe, 2023, « Electio, élection, élections », Mots. Les langages du politique, 132, p. 101-120.
MONIER Frédéric, 2025, Un pouvoir malhonnête. La corruption publique en France, XVIIIe-XXe siècles, Ceyzérieu, Champ Vallon, p. 145-156.
MÜLLER Wolfgang C., « Patronage by National Governments », dans Jean Blondel, Maurizio Cotta (dir.), The Nature of Party Government. A Comparative European Perspective, Londres, Palgrave Macmillan, 2000, p. 141-159.
SPONCHIADO Lucie, 2015, La compétence de nomination du Président de la Cinquième République, thèse de doctorat en droit public sous la direction de Michel Verpeaux, Paris, Université Panthéon-Sorbonne.
Coordination : Shengyuan Luo, Anne-Laure Riotte
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De l’État régulateur européen à l’agrégation des compétences essentielles étatiques, l’intégration européenne est souvent analysée au prisme des substances et conséquences de ses actions prises. Les recherches existantes valorisent notamment la fabrique des règles et/ou la négociation entre les niveaux différents dans la gouvernance européenne pour appréhender le processus de l’intégration. En même temps, l’Union européenne, en tant qu’acteur et décideur supranational, dispose également d’une structure administrative singulière pour accompagner la branche exécutive, notamment la Commission européenne, à construire une équipe d’agents dédiée, aménager les ressources nécessaires et surmonter les difficultés pour mettre en œuvre les différentes politiques et réaliser ses objectifs ambitieux. La polycrise récente exige quand même l’adaptabilité, plasticité et résilience de l’appareil administratif de l’Union européenne pour faire face aux nouveaux défis régionaux et internationaux. Ainsi, cette structure supranationale fait l’objet central d’un « tournant administratif » dans les études européennes, mettant en lumière l’émergence d’une véritable structure bureaucratique et administrative européenne en réseau. En prenant l’administration supranationale comme l’objet central, nous invitons à la considérer comme une entité politique et sociale dont la construction, transformation et restructuration restent à interroger.
La riche littérature portant sur l’agencification et la construction d’un espace administratif européen nous montre que la reconfiguration de la division du travail et la réforme organisationnelle de l’architecture administrative européenne s’institutionnalisent comme une technique de gouvernement régulier. Quand la recomposition de l’administration européenne se présente comme une dynamique permanente et inhérente du processus de l’intégration européenne, quels mécanismes et quelles transformations permettent à l’appareil administratif européen de répondre aux nouveaux besoins et aux nouveaux défis ? Dans le processus de cette évolution permanente, que sont les conditions pour construire et renforcer la durabilité et la résilience de cette administration ? Et comment les politistes et sociologues peuvent-ils conceptualiser ces changements structurels qui animent la transformation ?
Partant de ces interrogations, le panel s’articule autour de deux axes principaux. Le premier axe questionne la manière dont l’Union européenne développe ses capacités administratives pour surmonter les obstacles à la mise en œuvre des politiques publiques. Il s’intéresse à la composition interne de cette administration, à l’autonomie et au rôle d’institutions clés — telles que la Commission européenne et ses agences sectorielles —, ainsi qu’à la prolifération des acteurs engagés dans la coordination, la surveillance et l’évaluation des politiques européennes. Nous demandons ainsi comment ces nouvelles structures et agences émergent-elles, s’organisent-elles et collaborent-elles au quotidien pour résorber les frictions de l’action publique européenne ?
Le deuxième axe porte sur les interactions verticales entre les structures supranationales et les bureaucraties nationales. Il examine la dynamique par laquelle la transformation et le renforcement de l’administration européenne réforment ou reconfigurent les administrations nationales et infranationales. Il s’agit d’abord d’analyser la manière dont les institutions européennes coopèrent avec les administrations des États membres — notamment via le mécanisme de la comitologie et à travers des réseaux d’agents. En retour, la question se pose : quelles sont les transformations structurelles, organisationnelles et comportementales que subissent les administrations nationales face à la consolidation de ce pôle exécutif supranational ?
Coordination : David Morales, Andreas Restaldi
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La guerre, ainsi que la violence organisée qui s'exerce dans ce contexte, est généralement considérée comme une rupture de l'ordre politique et social. Cependant, les recherches contemporaines invitent à dépasser cette conception de la violence et de la guerre comme une situation de crise temporaire (Arjona, 2016; Barkawi, 2016; Cockburn, 2004). Dans cette perspective, la violence organisée ne se limite pas aux moments de confrontation armée, mais s’insère dans différentes dimensions de la vie sociale et politique, transformant simultanément les conditions matérielles et les relations qui structurent les sociétés. Il s'agit d'un phénomène social qui détruit, mais qui se caractérise également par une “force génératrice” (Barkawi & Brighton, 2011). En ce sens, la guerre et la violence détruisent des corps, des infrastructures, des institutions et des relations, tout en favorisant le développement d’institutions, de technologies ou de marchés. La violence peut également contribuer à produire et stabiliser certaines formes de gouvernance sociale et territoriale parallèles à l’Etat (Boege et al., 2009; Lessing, 2021; Schultze-Kraft, 2019).
Cette section thématique propose d’interroger les implications de ces réflexions pour la compréhension du politique. La question centrale est la suivante : comment la violence organisée transforme-t-elle la manière d’organiser, de réguler et de contester la vie politique et sociale contemporaine ?
À partir de cette question, plusieurs questions secondaires se posent : Comment les logiques de la guerre transforment-elles les marchés, les infrastructures et les technologies ? Comment ces types de violence sont-ils légitimés par la société civile ? Comment ces transformations affectent-elles les formes d'organisation et de participation citoyenne, ainsi que les institutions démocratiques ?
L'objectif de ce panel est de réunir des chercheur·e·s qui étudient différentes formes de violence organisée et leurs répercussions sur les plans politique et social. Les contributions pourront aborder, entre autres thèmes, les transformations de l'action de l'État, la militarisation de la société, ainsi que les formes de légitimation ou de résistance de la société civile face à la violence. Ainsi, ce panel vise à contribuer aux débats en sciences politiques sur la transformation du politique, et à fournir un espace d’analyse des dynamiques de militarisation contemporaines.
Bibliographie
Arjona, A. (2016). Rebelocracy: Social order in the Colombian civil war. Cambridge University Press.
Barkawi, T. (2016). Decolonising war. European Journal of International Security, 1(2), 199-214.
Barkawi, T., & Brighton, S. (2011). Powers of war: Fighting, knowledge, and critique. International Political Sociology, 5(2), 126-143.
Boege, V., Brown, M. A., & Clements, K. P. (2009). Hybrid Political Orders, Not Fragile States. Peace Review, 21(1), 13-21.
Cockburn, C. (2004). The continuum of violence: a gender perspective on war and peace. In: Giles W. & Hyndman J. (eds) Sites of Violence: Gender and Conflict Zones. University of California Press, pp. 24–44.
Lessing, B. (2021). Conceptualizing Criminal Governance. Perspectives on Politics, 19(3), 854-873.
Schultze-Kraft, M. (2019). Crimilegal Orders, Governance and Armed Conflict. Springer International Publishing.